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Livres

Les années-rebours

ISBN : 2-89606-004-9 | Parution : 2004 | 302 pages | Genre : roman

Rémi est boulanger. Il vit dans le bien-être tranquille d’un amour sans passion. Mais entre le confort et la paresse, la puissance de son désir persiste, ancrée en lui comme une quête. Rémi erre ainsi dans les saunas et sur le Net, avec l’espoir d’y trouver la part d’intensité qui lui manque. De la canicule urbaine à la lente respiration du fleuve, du Brésil à l’Irlande, son parcours demeure un rêve sans illusion. Sur le ton intime de la confidence, Guy Verville livre un récit lucide et tendre, dans ce style sobre et poétique depuis longtemps salué par la critique. Un superbe roman sur les lois de l’amitié, les transgressions de l’amour, les jeux du désir et le temps qui passe.

Rémi, boulanger de son état, vit un amour qui a sombré dans la quotidienneté avec Victor. Cela ne l’a jusqu’ici pas empêché de s’encanailler avec à peu près tous les hommes qui l’entourent et il sent subitement une certaine lassitude l’envahir.

Mérite-t-il plus que Victor ou n’est-il simplement pas en mesure de reconnaître ce bonheur qui est le sien ? Devrait-il résister aux avances de Luc, le mari d’une amie de toujours ? Qu’en est-il de Stéphane, cette escorte pour dames rencontrée dans un sauna qui le bouleverse de manière inattendue ? Un roman aux personnages complexes et tourmentés, mais qui ne tombe jamais dans le pathos. L’auteur, Guy Verville, sait également parsemer d’une dose d’humour son récit (même s’il verse quelquefois un peu dans le cabotinage). La plupart des lecteurs sauront sans aucun doute se reconnaître dans le cheminement de Rémi, et on ne peut que saluer au passage une maîtrise de l’écriture qui nous fait approcher les personnages et leurs méandres par petites touches, tout en préservant leur part de mystère. L’ensemble aurait peut-être mérité un traitement un plus resserré mais, somme toute, voici un excellent roman qui en touchera plus d’un. Un auteur à suivre de près !

Benoit Migneault, Fugues, 21-04-2004

Le plus récent roman de Guy Verville, Les Années-rebours publié aux Éditions Varia, aurait facilement pu tomber dans le piège du cliché puisque toutes les idées préconçues au sujet des gais y sont présentes : visites dans les saunas, relations sexuelles anonymes, clavardages érotiques, infidélité, etc. Or, l’auteur possède une telle maîtrise de son art que sa manière de nous raconter la vie de Rémi, cet homme dont la vie de couple survit difficilement à l’usure des jours, ne peut que nous étonner par son réalisme et sa franchise. Grâce à Internet, l’auteur a abondamment nourri son texte au point de nous offrir un portrait assez fidèle de la vie gaie.

La Voix du Village

Que voilà un roman animé par le souffle du génie ! L’histoire de Rémi risque d’en bouleverser plus d’un, car Verville a su, par son talent d’écrivain, dégager l’essentiel des sentiments humains et nous dire subtilement par l’un de ces personnages, comme pour nous sortir de nos insécurités et nos inquiétudes : « Coudonc, réveillez-vous ! » Ainsi, Rémi vit en couple avec Victor depuis de nombreuses années, mais la passion n’y est plus. Rémi cherche alors à combler ses désirs non comblés (entendons ici affectifs et sexuels) par des rencontres dans les saunas et les salons de clavardage dans Internet. Il fait la connaissance de Stéphane qui trouble son cœur. Puis, il y a Luc, le mari d’une amie, avec qui il a eu des aventures. Il croit l’aimer. Il croit aimer encore Victor aussi. Vous voyez le tableau ? Rémi se trouve autour de nous mais en nous également.

J’ai adoré ce roman parce qu’il nous provoque et nous interpelle par cette simple question : pourquoi se compliquer la vie avec nos histoires d’amour ? Surtout que Victor, de son côté, constatait l’échec du couple, mais il n’en a pas soufflé mot à Rémi. Tiens, l’homme qui ne parle pas, inconnu pour vous ? J’ai aussi aimé Lucienne, cette femme de la campagne, sympathique et charmante, qui ne se gêne pas pour brasser Rémi. Comme la voisine Irène, capable de prouesses inimaginables malgré sa maladie et qui, à sa manière, bouscule les opinions et les suppositions de Rémi.

On retrouve dans le texte de Verville plein de réflexions sur les relations de couple, l’amour et l’amitié. Il ne faut surtout pas se passer de cette formidable lecture offerte par Verville. Sublime !

Richard Chartier, RG, juillet 2004

Un très beau livre, très tendre, qui nous vient du Québec. Guy Verville a été salué par la critique, là-bas. Et c’est vrai que cette histoire, celle de Rémi, qui vit mollement dans une relation ordinaire, et qui va errer dans les saunas et sur le net pour pimenter son quotidien, vous touche.

C’est un peu doux-amer, mais après tout, la vie est comme ça, non ?

Blue Book Paris

L'Effet Casimir

ISBN : 2-922245-42-X | Parution : 2001
378 pages | Genre : nouvelles

Psychanalyste à la retraite, Marthe vit des jours paisibles en compagnie de trois anciens patients, devenus, au fil des ans, ses amis. Son bonheur aurait pu être complet si l’homme de sa vie, le peintre Léo Arcand, ne l’avait quittée, cinq années auparavant, après quarante ans de vie commune. Ce matin d’automne où débute le roman, Marthe prend une décision qui bouleversera, petit à petit, les habitudes de chacun.

Avec L’Effet Casimir, Guy Verville propose un ton et des personnages différents de ce qu’il a écrit jusqu’à maintenant. Qualifiée de roman tranquille par son auteur, cette œuvre mêle, aussi facilement que la vie elle-même, bonheurs et tristesses, réflexions et drôleries, personnages dramatiques et truculents. Une histoire qui emprunte le rythme du fleuve sur les rives duquel elle prend place : calme et inexorable, parfois mouvementée, reflet toujours intense de la vie et des choses.

Si la vie est un éternel recommencement, avec ses hauts, ses bas, ses fausses certitudes, ses déceptions et ses rêves incessants, Guy Verville a voulu saisir l’essence du temps qui passe et façonne les êtres qui, à leur tour, en modèlent d’autres au gré de leurs allées et venues. L’Effet Casimir suit les jours d’une femme, Marthe, ex-psychologue bientôt septuagénaire, qui se débat toujours avec un chagrin d’amour. Heureusement, elle vit dans son manoir près de la splendeur du fleuve, entourée de quelques anciens patients devenus ses amis.

Le sous-titre, « roman tranquille », peut susciter chez le lecteur une légère appréhension quant au rythme de la narration. Quoi qu’il en soit, « tranquille » réussit ici à ne pas rimer avec ennuyeux. Le défi relevé par Verville était pourtant de taille. Parler de la vie quotidienne, et plus particulièrement de celle d’individus vivant dans l’entourage d’un moribond (l’un des vieux amis de Marthe est atteint du cancer), aurait pu lasser le lecteur, lui donner l’impression désagréable de perdre son temps. Avec L’Effet Casimir, il n’en est rien.

Au contraire, les réflexions de Marthe, fine mouche – sauf en ce qui a trait à sa propre vie – savent tisser une trame de laquelle le lecteur n’aura aucune envie de s’extraire, aussi curieux d’entendre les soliloques de l’héroïne avec sa conscience (redoutable conscience de psychologue) que de connaître l’évolution des êtres qui peuplent ce microcosme rural. Car la douceur de ces amitiés profondes créées par le temps et l’intimité entre des êtres à l’origine très différents, s’ajoutant à l’apaisement que procurent le rythme, la puissance, la constance et l’omniprésence du fleuve, installent un univers à part entière, aussi physique que métaphysique. Y évoluent des êtres vrais auxquels il est difficile de ne pas croire et de ne pas s’attacher.

Lucienne, la bonne aux couleurs de la campagne, qui additionne les amants malgré son âge et sa corpulence ; Armand, musicien et astrologue qui apprend à apprivoiser sa fin proche ; Rémi, homosexuel énergique au noble coeur, qui tente de se convaincre que l’amour n’existe pas ; Gustave, taquin aux tendres sentiments et enfin Marthe, intelligente, cultivée, aimante, faite pour le bonheur, d’une fidélité qui émeut autant qu’elle l’empêche de surmonter sa peine et sa déception. Toutes ces figures sont attachantes et leurs modestes péripéties intéressent comme le font, pour tout individu, les histoires vécues par des proches. Leurs démêlés, leurs états d’âme et leurs projets suscitent l’intérêt du lecteur dans la mesure où eux-mêmes font l’objet d’une sympathie toute particulière.

Impossible de ne pas être touché par cette vieille femme qui regrette le bonheur connu avec l’homme qu’elle avait choisi d’aimer pour toujours. La chose est aussi vraie en ce qui concerne la réaction des amis d’Armand à son trépas. D’abord profondément tristes, jaloux d’une complicité commune, ils renouent avec le bonheur après l’heure fatale, car l’humain est ainsi fait qu’il ne peut résister à l’envie d’être heureux.

Guy Verville livre les bonheurs du quotidien, ses peines, bref, il écrit la vie. Et la vie, telle un Narcisse aux proportions planétaires, aime se lire, s’analyser et se contempler lorsqu’elle se reconnaît justement dépeinte, ce qui est vrai dans L’Effet Casimir.

Sophie Pouliot, Le Devoir, 13 octobre 2001

La Vie dure

ISBN : 2-922245-02-0 | Parution : 1997
220 pages | Genre : nouvelles

Ce soir, ce sera sûrement la tempête du siècle. Tandis que la neige commence à tomber et que le vent se fait menaçant, un écrivain va de café en café, écoute et observe. Des gens rient, d’autres pleurent, certains trompent leur solitude dans l’illusion de la foule, les autres se coupent du monde pour profiter d’un instant de bonheur.

Mais la tempête se fait violente et la nature, en colère, force hommes et femmes à faire face à leur vie. Parmi eux, six parcours se détachent : Thomas, qui veut mourir sur le Mont-Royal et lutte corps à corps contre son instinct de survie ; un vieil homme, au crépuscule de sa vie, qui vient dire adieu aux livres ; Suzanne qui perd son mari, son bourreau ; Fire, le pyromane, qui se consume en prison ; un homme qui écrit à sa femme son émerveillement d’être en vie et en amour ; une jeune femme violée qui tente d’échapper à ses souffrances en gravissant la montagne où elle perd la raison. Le ciel peut bien être en colère, rien n’est plus poignant que ces tempêtes émotives qui secouent le cœur des hommes. Thomas, Suzanne, Fire et tous les anonymes qui croisent le regard et l’imagination de l’écrivain imprègnent et réconfortent nos âmes tant ils sont chacun un morceau de nous.

La Vie dure est un vibrant portrait de gens pris dans la tempête de l’existence et des émotions. C’est aussi un admirable hymne à la vie.

Il aurait peut-être dû paraître plus tôt, au cœur de l’hiver, ce petit livre qui risque de passer inaperçu en ce tardif début d’été. Troisième œuvre de Guy Verville, qui nous avait déjà donné des nouvelles, La Putain (Éd. Guernica, 1991), et un roman remarquable, Crever mon fils (Éd. Les Herbes rouges, 1993), La Vie dure se présente comme un récit, mais se lit comme un roman. Tout s’y passe en une nuit, alors que la tempête du siècle fait rage dans le ciel et dans les rues de la ville. Un écrivain s’arrête dans un café, scrute les visages, écoute des bribes de conversation, écrit. Des tempêtes intérieures se déchaînent..

La prose de Guy Verville est prenante, poignante, haletante. Ses phrases courtes, au début semblant manquer de fluidité, s’arrêtent, repartent, deviennent un rythme, une pensée. Nous sommes dans la tête d’un homme qui, n’en pouvant plus de souffrir, a décidé de mourir, d’en finir avec l’ennui. Muni d’une arme, il veut profiter de l’anonymat de la tempête sur la montagne. Il a tout préparé, tout prévu, sauf l’instinct de survie de l’animal. « Les bras toujours pointés vers le ciel, il se met à pleurer. Son corps a gagné, lui a fait perdre une précieuse balle et un temps encore plus estimable. Il n’avait pas pensé à la résistance du corps ».

Il y a six histoires, six drames individuels qui se vivent ici, entrecoupés par les déambulations de l’écrivain dans un univers où le réel dépasse la fiction. Un vieillard malade entre dans une librairie, y dérange un libraire rêveur, qui ne pensait pas devoir assister quelqu’un dans sa mort, en pleine tempête. Mais le vieux est étrange, il a beaucoup à lui apprendre, il le laissera changé après son départ. Une femme blessée interrompt un instant leur tête-à-tête, s’enfuit : « Que les gens souffrent, mon Dieu, que les gens souffrent », a dit le vieux..

Ailleurs, dans un salon, une femme fume exagérément. Elle attend la mort de son mari, sa libération. L’agonie n’en finit plus. L’auteur crée un climat d’étouffement, d’attente, d’angoisse. Le temps passe lourdement. Toute la vie n’a plus de sens. Dans une prison, deux hommes s’aiment sans le dire. La femme blessée, violée, hante les rues avant d’aller lécher ses plaies sur la montagne, à son tour.

La Vie dure, comme son titre l’indique, n’est pas un conte joyeux. Pourtant, à travers ces histoires d’horreur quotidiennes, que Guy Verville raconte avec crudité et poésie, percent l’espoir, le rêve d’un avenir meilleur, la vie qui perdure après la tempête.

Raymond Bertin, Voir, 29 mai 1997

Dès le début, on plonge dans le désarroi des personnages, dans leurs misères et leurs émotions conflictuelles pour se retrouver chaque fois devant un choix. Vivre ou cesser d’exister. Plutôt que d’entrer dans le mélodrame et de nous y complaire, en guise de conclusion, l’auteur nous fait partager les solutions à chaque problème. Tout passe par l’amour de la vie. On ne se lasse pas de lire ces histoires si poignantes et qui nous ressemblent tant. La Vie dure est un vibrant portrait de gens dans la tempête de l’existence et des émotions. C’est aussi un admirable hymne à la vie.

Roger-Luc Chayer, RG

Crever mon fils

ISBN : 2-89419-040-9 | Parution : 1994 | 156 pages | Genre : roman

Clarisse est enceinte, mais ce second enfant n’est pas désiré. elle n’aime plus Simon, lui qui tente de s’accrocher à l’image rassurante du couple hétérosexuel, impossible pour eux.

La grossesse sera terrible et enivrante, à la fois pour Clarisse, qui tombe amoureuse d’un autre homme, et pour Simon, qui n’ose rien dire.

Derrière le mépris de Clarisse pour son mari, sa grossesse et ses ébats sexuels avec son voisin, se cache une volonté étrange : l’acharnement à effacer en elle ce fils maudit — car elle sait qu’il ressemblera à Simon. Ses délires de meurtre côtoieront ses jouissances neuves ; son passé douloureux, sa vie étouffante et son avenir noir la pousseront à vouloir sans compromis la liberté et de s’y accrocher avec la violence de l’espoir.

Je t’aime, moi non plus… Toute l’ambiguïté de relations amoureuses difficiles se retrouve dans le deuxième roman de Guy Verville, Crever mon fils, un livre âpre et violent qui ne fait l’économie d’aucune douleur ni d’aucun plaisir. Clarisse et Simon y constituent un couple peu banal malgré des apparences rassurantes : ils ont eu un premier enfant, et Clarisse est à nouveau enceinte. Mais Simon préfère les hommes et n’approche guère sa femme qui éprouve une profonde répulsion à l’idée de sa deuxième grossesse. Profondément bouleversée par cette conception que son esprit ne parvient pas à accepter tandis que son corps l’accueille avec naturel, Clarisse nourrit des désirs de meurtre envers l’embryon occupé à se développer en elle. Guy Verville présente, avec une certaine audace pour un écrivain masculin dont l’œuvre est encore courte, le point de vue de la femme, avec tant d’intériorité que le lecteur accepte, parce qu’ils viennent d’un personnage vrai, la haine et le dégoût manifestés par Clarisse.

Une écriture qui semble imiter les soubresauts même de cette vie agitée ajoute à la tension d’un roman douloureux, pathétique, et pourtant sans effets gratuits. […] Publié au Québec, ce roman de Guy Verville mérite bien de traverser l’Atlantique pour venir jusqu’à nous. Il gratte les apparences pour trouver, dessous, la vérité — toujours bonne à dire, même et surtout si elle fait mal.

Pierre Maury, Le Soir, Bruxelles, février 1995

Guy Verville livre un roman sec comme une gifle, sans compromis, écrit dans une langue sans artifices, qui réserve parfois de beaux éclairs. Surtout lorsqu’il délaisse une poésie un peu maladroite, sans doute ajoutée pour adoucir un univers de déchirures. [Son roman] est lesté d’une richesse sombre où la tragédie quotidienne s’exprime comme rarement dans la littérature québécoise.

Isabelle Richer, Le Devoir, Montréal, février 1995

Le Putain

ISBN : 2-89135-039-1 | Parution : 1991
48 pages | Genre : nouvelle

« Quinze minutes de retard. Elle va bientôt arriver. Cela fait deux ans qu’elle arrive bientôt, qu’elle lui gobe quinze minutes de son temps, ou plutôt de son âme. Deux ans à raison d’une fois par semaine multipliée par quinze minutes. Paul dénombre les gouttes d’eau ; le compte est difficile. Il va chercher sa calculatrice : 1560 minutes. Vingt-six heures.

Disponible chez Guernica.

Le Putain, de Guy Verville, une nouvelle qui fait à peine cinquante pages, évoque dans un style énigmatique et envoûtant la solitude, l’infini, le déséquilibre du corps qui déserte l’âme et l’humiliation qui s’ensuit, insidieuse et perfide. Avec en toile de fond la ville, toujours vue de la fenêtre de la chambre aux doux supplices, la ville qui ressasse dans ses veines routières tout le mal qu’elle a de vivre inconsciemment…

Dans une langue très belle, qui se déchiffre comme un cryptogramme, on décèle une logique proche de la mathématique argent, souvent évoquée, qui impose ses règles à la vie quotidienne et au style de l’écrivain. Sur une prose à la fois précise et sibylline, qui suscite de multiples interprétations, et propose à la réflexion des pistes nombreuses […] Le Putain nous laisse avec un goût d’y retourner. Et de chercher plus loin dans la lecture tous les sens ici offerts.

M.-C. Fortin, Voir, 28 mai 1991

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