
On pourrait comparer le phénomène à ces débris satellitaires qui polluent les strates lointaines de l’atmosphère terrestre et qui se voient interdire leur passage kamikaze vers la surface par de subtils filtres protecteurs, similaire à une couche d’ozone et qui, comme elle, possède ses failles et ses trous.

Je peux comprendre les croyants qui se battent pour qu’on ne banalise pas leur foi, qu’on ne l’enrégimente pas dans un banal compartiment de choses à savoir parmi tant d’autres. Je comprends ainsi ces parents qui se battent en Cour pour que leurs enfants ne soient pas «pollués» par des idées qui, au minimum, relativiseront les doctrines qu’ils tentent d’inculquer aux jeunes cerveaux qu’ils ont fait naître.

Le temps est particulièrement doux à Montréal. L’hiver, tout compte fait, n’a pas de prises sur le bitume huileux de la métropole qui n’en poursuit pas moins sa course.

Lorsque les coïncidences arrivent à point, on parle volontiers de synchronicité, terme chéri par Jung qui a vu comme d’autres avant lui que, dans le mouvement des corps célestes résidait une sagesse sans noms, qualificatifs ou verbes.

Il est ce temps de l’année où un léger malaise s’empare de mes pensées. Une pile de documents de toutes les formes et de toutes les couleurs attend d’être classée, calculée.

Les travaux avancent. Ce qui devait, au départ, n’être qu’un rafistolage d’une pièce s’est transformé en un chantier un peu plus important. J’aurai un bon placard, un autre pour un éventuel congélateur, le mur donnant sur le voisin aura été insonorisé et le circuit électrique refait.

Une autre journée à retoucher le Rimmel du quotidien, d’autres heures à parfaire le vernis des bonnes manières, à récurer les tâches, laver les devoirs, étendre les espérances.

La caissière me sourit et commence à passer les objets en face du scanner. Elle s’arrête devant ma bouteille de shampooing contre le psoriasis.

On pourrait comparer le phénomène à ces débris satellitaires qui polluent les strates lointaines de l’atmosphère terrestre et qui se voient interdire leur passage kamikaze vers la surface par de subtils filtres protecteurs, similaire à une couche d’ozone et qui, comme elle, possède ses failles et ses trous.
Ces détritus se font refouler par les vents Internet vers les cellules délicates des serveurs de courriers. Ils prennent la forment de promesses de richesse ou de plaisir, et les plus nombreux sont probablement ceux qui vantent les mérites de tel élixir ou tel appareil à contrer la petitesse du pénis.
Comme la protection contre les spams n’est pas parfaite, je me dois de jeter un oeil rapide sur la longue liste quotidienne de ces scories reçues afin de sauver du filet un éventuel courriel valide. Heureusement, les outils de protection sont de plus en plus fins et l’examen est de courte de durée. On étouffe vraiment dans cette zone sordide.
Ce type de spam n’est d’ailleurs probablement plus la méthode de prédilection des charognards de la naïveté. Et pourtant, tels les déchets persistants d’un tsunami errant sur les océans, ils viennent heurter les côtes de nos serveurs. Il n’y a peut-être plus personne à l’autre bout de la cane à pêche et les poissons mordent à des hameçons dénudés ou rouillés.
On se demande, quand même. Cette histoire d’élargissement du pénis est persistante. Soit le mâle est naturellement et bêtement, inutilement complexé, soit la femelle requiert un format, un minimum vital.
Il n’y aurait donc pas de fumée sans feu, même si pour mettre le feu à de la paille, la taille du bâton n’est pas un critère.
Mais encore, si le bruit court ainsi, si on ne cesse d’envoyer des fusées en l’air, quitte à en saturer l’atmosphère du désir, c’est qu’il doit bien y avoir là un vrai problème, un petit quelque chose et que toute l’histoire de l’humanité tournera toujours autour de celui qui a la plus grosse.
Hum.

Je peux comprendre les croyants qui se battent pour qu’on ne banalise pas leur foi, qu’on ne l’enrégimente pas dans un banal compartiment de choses à savoir parmi tant d’autres. Je comprends ainsi ces parents qui se battent en Cour pour que leurs enfants ne soient pas «pollués» par des idées qui, au minimum, relativiseront les doctrines qu’ils tentent d’inculquer aux jeunes cerveaux qu’ils ont fait naître.
On peut comprendre aussi les gens qui ont peur que la belle langue française ne disparaisse du territoire québécois, que la persistance des immigrants à vouloir parler anglais, seule langue externe qu’ils ont de toute manière apprise fragilise la syntaxe et les complexités anciennes.
Il y a des menaces partout et il y en aura toujours. Autrefois, c’était si facile, dit-on. Une seule religion, une seule certitude, une seule langue. Il y a bien eu des envahisseurs, on a dû parler ici anglais et on se bat encore pour que le français s’implante. Notre prison économique était ainsi une symbolique protection, cela nous a tissés serrés.
Et maintenant? C’est le flou sur tous les fronts et les gens, peu habitués à comprendre les choses, se sentent exilés dans leur propre pays. La réalité océanique des diversités culturelles gruge plus rapidement que prévu, tel un réchauffement climatique indu, les falaises où nous avions érigé nos minces mansardes.
Cela ressemble au Moyen Âge où, bien que tout était difficile, parfois barbare, les esprits s’éveillaient, allaient bientôt retrouver des certitudes volcaniques qui allaient donner les Révolutions, celle de l’esprit, de la science, du coeur et, finalement, de l’industrie.
Les gens qui ont peur ne semblent pas comprendre que l’altérité est source certes de confrontations, mais aussi d’enrichissements que, si elle peut abattre le vernis de tant de croyances et de dogmes, c’est bien pour y découvrir des couches plus anciennes, des vérités plus fondamentales.
Derrière chaque Dieu, Allah et les autres tralalas, se cachent des questions. Derrière toute découverte scientifique, toute avancée technologique, se dessine la volonté humaine d’aller de l’avant. La Bonté est plus grande qu’il n’y paraît. La Vérité ne nous appartient pas et nous le savons bien, car nous nous battons non pas pour elle, mais généralement pour de simples modalités. Tout le monde il a tort et il a raison.
Il y aura bientôt un siècle, les gens sur cette planète ont commencé à croire qu’on pourrait revenir aux Fondamentaux, à se créer une société humaine juste, à l’échelle du globe. Plus tard, après la Deuxième Grande Boucherie, on a tenté de nouveau l’exercice. Les Nations unies sont nées. Mais les Grandes Erreurs ont perduré et, Internet oblige, nous en percevons partout les gâchis.
Il est normal que les gens aient peur, ils veulent revenir en arrière, dans leurs hameaux confortables, avec leur dieu local qui dicte tout et qui ne permet pas, en principe, les injustices.
Nous devrions cependant assumer notre exil et avoir véritablement foi en l’humanité. Le bonheur est simple, et ce sont nos craintes qui gâchent tout. Nous devrions aimer le voyage et l’incertitude, car si c’est en voyageant que se forme la jeunesse, il serait grand temps que le coeur des hommes prenne une cure de jouvence.

Le temps est particulièrement doux à Montréal. L’hiver, tout compte fait, n’a pas de prises sur le bitume huileux de la métropole qui n’en poursuit pas moins sa course.
Mes propres jours sont pressés; les clients veulent tous tout pour hier et ils cherchent à enterrer le plus possible le lendemain avant qu’il ne naisse. Déjà un réveil tôt le matin, car je devais me rendre au CSLC pour mon annuelle prise de sang. Retour chez moi, et journée à éteindre les multiples feux initiés par mes clients. Je suis privilégié de ne pas avoir à me chercher du travail, celui-ci arrive vers moi sans effort. J’aime mon métier. Dans certains milieux, on m’appelle The Machine, car je sais produire prestement et efficacement.
Il y a certes un coup physique et mental à cette production parfois effrénée. Et hier, il m’a fallu prendre de bonnes respirations pour calmer tant mes nerfs que mon coeur. Puisque c’était mercredi-pizza (un petite tradition communale à la maison [mes amis en bas, et moi]), je suis allé chercher du vin en fin de journée. Les rues à l’heure de pointe sont vives, trop peut-être. Peu de gens sourient, ils ont été eux aussi pressés comme des citrons et ce qu’il leur reste d’énergie leur servira à les conduire sagement à la maison où ils s’endormiront vraisemblablement très vite dans leur canapé. Oh! la vie ne s’arrête certes pas au 9 à 5. Plusieurs d’entre eux auront leur 5 à 7, leur petite heure de jouissance, leur grand bonheur au théâtre, au cinéma ou dans leur lit. La vie continue, et elle semble parfois si rapide, si énervée.
Comme la succursale de la SAQ est suffisamment loin pour prendre le métro lorsque je suis pressé, mais assez proche tout de même pour faire le trajet à pied, j’ai opté, vu la douce température, pour la marche.
J’ai pris mon temps, ralenti la pression, écouté mon existence traverser la rue, observer tel homme à la barbe enivrante pour mes yeux, telle femme à la fatigue évidente aux bras qui traînaient deux marmots récalcitrants, tel autre homme, vieux, aux jambes si chambranlantes qu’on l’imaginait tomber là, comme une branche au verglas. Différents parcours, différentes vitesses.
À mon retour, je contemplai l’évolution de la construction de ces nouveaux condos qui étoufferont bientôt l’église demeurée au centre du complexe. Les ouvriers n’étaient déjà plus là. J’y ai vu une belle lumière. Clic, clic avec mon appareil photo.
Il pleuvait un peu. J’ai pressé le pas, car il faut se méfier de l’eau tranquille.
Bonne pizza avec mes amis du rez-de-chaussée qui s’endormaient déjà dans le canapé. Je suis remonté, me suis énervé un peu, çar on me demandait encore de me presser pour un truc, ai travaillé encore puisque ma charge de travail est devenue une grande forêt qu’il me faut abattre. Guy The Machine. Un ami m’a dit d’aller me coucher, car je devenais bête.
Ce que je fis. Bref, la lenteur m’échappe. Rendons grâce au sommeil implacable qui, lui, n’accepte que rarement d’être dérangé dans son horaire.

Lorsque les coïncidences arrivent à point, on parle volontiers de synchronicité, terme chéri par Jung qui a vu comme d’autres avant lui que, dans le mouvement des corps célestes résidait une sagesse sans noms, qualificatifs ou verbes. Une vidéo (voir plus bas), sur Johnny Barnes donne le ton à ce que je voulais déjà dire.
Aujourd’hui, il me fallait bien sûr parler d’amour, puisque c’en est officiellement la journée chez les peuplades occidentales. Encore ce matin, un ami me faisait la remarque que je n’étais pas du type à célébrer cette journée, ou toute autre période imposée par le calendrier des commerçants ou des sociétés.
Il est vrai que je ne suis pas d’humeur à suivre les gens, à faire comme eux, à mentir surtout. Il est vrai également que mes sentiments n’ont pas pris fortement racine dans le coeur des autres. J’ai bien tenté, mais il en va de mes amours comme de mes plantes, elles poussent en orgueil ou s’assèchent facilement. Je n’ai pas le pouce vert, même si j’ai les mains, le coeur et le corps amoureux.
Qu’on ne pense pas que ma vie soit un désert, loin de là. Je suis par contre du genre circonspect, prudent et je me suis entouré d’un relatif bonheur. Je suis un peu comme ce Johnny Barnes qui exprime, contre vents et marées, allègrement son bonheur d’être en vie.
La chanteuse Jane Siberry nous en souhaite tout autant, demande d’aimer et d’être fier de nos compagnons quotidiens, de leur rendre grâce, d’être heureux d’être d’exister parmi eux.
Ainsi, avons-nous à des degrés divers, des compagnons d’existence. À eux, il faut non pas s’obliger à leur dire qu’on les aime, il suffit d’un geste, un sourire, une accolade, même un silence trahi par des yeux plus sages que nos paroles. L’amour est simple. Je vous aime, je suis craintif, mais il faut vous aimer.
Pour bien aimer, je crois, il importe de ne pas s’obstiner à nourrir nos blessures, mais d’insister à être bons. L’univers nous semble cruel et pourtant, il nous a quand même conduit, maladroitement certes, au progrès. Reconnaissons nos torts, nos maladresses et relevons l’échine. Allons en paix.
Mr. Happy Man from Matt Morris Films on Vimeo.

Il est ce temps de l’année où un léger malaise s’empare de mes pensées. Une pile de documents de toutes les formes et de toutes les couleurs attend d’être classée, calculée. Bien que chaque année je me dis qu’on ne m’y reprendra plus et que je ferai la besogne au fur et à mesure, je me retrouve invariablement au mois de février à passer trois heures à faire réunir les papiers, à plonger dans ma comptabilité afin de me préparer pour les impôts.
La photo en dit long. D’un côté, s’il est un univers ordonné, c’est bien celui de mon ordinateur. De l’autre, la paperasse vernaculaire et de bas étage, qui, par un miracle annuel, parvient en totalité à obtenir mon attention, ayant attendu sagement son heure, entre les fentes d’un porte-document bondé.
Je ne suis pas original en affirmant que je déteste faire mes impôts. Malgré la simplicité de l’exercice, je suis un travailleur autonome, et je dois donc tenir en compte des dépenses de ceci, des revenus de cela, des calculs mystérieux avec tout cela, etc. Même si j’utilise un logiciel, j’ai l’impression que je vais me tromper, que je louperai les aubaines et que, de toute manière, je me ferai avoir. Je suis de bonne foi, je semble faire comme il faut puisque les gouvernements acceptent mes déclarations depuis tout ce temps… Pourquoi les impôts ne se font-ils pas comme en France où chaque citoyen reçoit, le moment venu, un formulaire déjà tout rempli?
Je m’occupe de mes affaires, mes comptes sont payés, mais il est clair que la comptabilité et moi faisons deux. J’étais pourtant différent il y a une dizaine d’années. Qu’à cela ne tienne. Si je suis bon sur le marteau et la programmation, je peux certes maîtriser mes finances!
Faut budgéter, me dira-t-on. Eh bien soit! J’achète ce logiciel joliment tourné et qui proclame exactement la chose: You need a budget. Un peu de rigueur, M. Verville!

Les travaux avancent. Ce qui devait, au départ, n’être qu’un rafistolage d’une pièce s’est transformé en un chantier un peu plus important. J’aurai un bon placard, un autre pour un éventuel congélateur, le mur donnant sur le voisin aura été insonorisé et le circuit électrique refait. Il y a trois ans, la fenêtre avait été remplacée. Ce sont là des considérations bien matérielles pour l’intellectuel que je suis.
D’aucuns se seront étonnés depuis trois ans de me voir ainsi manier tous les métiers. Je me demande parfois si je n’ai pas raté ma vocation. Travailler de mes mains me plaît autant que naviguer dans la syntaxe plus capricieuse des sentiments. Les deux mondes coexistent chez moi, ce qui aura eu toujours pour effet de passer pour un intello chez les manuels et d’un mal équarri chez les lettrés.
Camus, Bouddha, et combien d’autres desquels je ne connais absolument rien, ont dit qu’il fallait marcher sur l’étroit fil qui sépare nos profondes certitudes. C’est une position vertigineuse et je ne crois pas être capable de durer dans un tel exercice.
Je fais probablement comme tout le monde. J’élague mon existence en bon touriste du vivant. Je crée, je rebâtis une maison qui me survivra. J’ai fignolé également quelques écrits qui peut-être poursuivront gentiment leur route sur les tablettes des bibliothèques futures. Je n’ai pas d’enfants, mais c’est probablement tout comme.
Mais reprenons notre position sur la corde raide, car de ces vérités, rien n’est moins certain. Inch Allah.


Une autre journée à retoucher le Rimmel du quotidien, d’autres heures à parfaire le vernis des bonnes manières, à récurer les tâches, laver les devoirs, étendre les espérances.
On ouvre les yeux en fermant les rideaux sur nos rêves, abandonnant aux égouts nos brûlants opiums, en ne se souvenant déjà plus de ces vérités qui n’avaient, pendant la nuit, aucune honte à marchander leur place au soleil à des monstres plus implacables qu’elles.
On savoure l’ordre de la bonne société nourricière, qui nous protège, nous extorque certes notre moelle, mais nous éloigne tout de même des barbares.
Pourtant, nos épidermes sont minces, nos tumeurs incandescentes. Pas étonnant que tous s’agitent dans cette ville. Peu nous sépare de la violence et de la déraison. Nous le savons tous, nous nous taisons tous. Nous faisons comme si.

La caissière me sourit et commence à passer les objets en face du scanneur. Elle s’arrête devant ma bouteille de shampooing contre le psoriasis.
« Ah! c’est nouveau ça, shampooing conditionneur. Faut que j’essaie ça. »
Elle aurait dit « Ah! Des préservatifs de taille moyenne. » et ç’aurait eu le même effet parmi les autres clients qui attendent derrière moi.
Je réponds: « Oui, c’est nouveau. Je n’ai pas tant de psoriasis que ça (et c’est vrai, mais c’était plutôt pour dire que ma queue n’était pas si moyenne que ça, m’enfin, oui, elle est moyenne, mais elle fait sa job. Un gars a sa fierté tout de même), mais je trouve que les shampooings de ce genre ont tendance à assécher le cheveu. »
Je disais n’importe quoi, car j’ai plutôt la manie d’acheter ce qui est neuf, juste pour le plaisir de l’essayer. Je ne dirais pas que je vais racheter un produit juste parce qu’on en a changé son étiquette, mais c’est à peu près ça.
J’ajoute: « J’ai plutôt du psoriasis autour des yeux. Mais c’est léger. »
La caissière prend le relais : « Moi, c’est terrible. J’ai de grosses plaques sur le cuir chevelu, dans les oreilles, et… »
Dans ma tête, je ne veux pas savoir si elle en a plus bas.
et à l’arrière du cou. ».
Je suis certain que les clients entendent tout et sourient.
« C’est le stress, il paraît », conclus-je.
« Pour ça… », répond-elle.
J’imagine les clients, derrière moi, opiner de la tête.
Bref, la caissière de chez Jean-Coutu souffre d’un psoriasis sévère, mais ça ne paraît vraiment pas. C’est fou comme la pharmacopée cosmétique fait bien les choses.
