
On pourrait comparer le phénomène à ces débris satellitaires qui polluent les strates lointaines de l’atmosphère terrestre et qui se voient interdire leur passage kamikaze vers la surface par de subtils filtres protecteurs, similaire à une couche d’ozone et qui, comme elle, possède ses failles et ses trous.

Je peux comprendre les croyants qui se battent pour qu’on ne banalise pas leur foi, qu’on ne l’enrégimente pas dans un banal compartiment de choses à savoir parmi tant d’autres. Je comprends ainsi ces parents qui se battent en Cour pour que leurs enfants ne soient pas «pollués» par des idées qui, au minimum, relativiseront les doctrines qu’ils tentent d’inculquer aux jeunes cerveaux qu’ils ont fait naître.

Le temps est particulièrement doux à Montréal. L’hiver, tout compte fait, n’a pas de prises sur le bitume huileux de la métropole qui n’en poursuit pas moins sa course.

Lorsque les coïncidences arrivent à point, on parle volontiers de synchronicité, terme chéri par Jung qui a vu comme d’autres avant lui que, dans le mouvement des corps célestes résidait une sagesse sans noms, qualificatifs ou verbes.

Il est ce temps de l’année où un léger malaise s’empare de mes pensées. Une pile de documents de toutes les formes et de toutes les couleurs attend d’être classée, calculée.

Les travaux avancent. Ce qui devait, au départ, n’être qu’un rafistolage d’une pièce s’est transformé en un chantier un peu plus important. J’aurai un bon placard, un autre pour un éventuel congélateur, le mur donnant sur le voisin aura été insonorisé et le circuit électrique refait.

Une autre journée à retoucher le Rimmel du quotidien, d’autres heures à parfaire le vernis des bonnes manières, à récurer les tâches, laver les devoirs, étendre les espérances.

La caissière me sourit et commence à passer les objets en face du scanner. Elle s’arrête devant ma bouteille de shampooing contre le psoriasis.

On dit aimer me lire et on rajoute, à la blague, que parfois, on ne me comprend pas tout le temps, qu’en début de journée, ma poésie passe plus ou moins bien entre le café et la rôtie. Je ris de bon coeur. Il est vrai qu’il ne faut pas toujours écouter les poètes (ni les politiciens) et le poète a cette responsabilité personnelle de devoir, lui aussi, faire quelque chose. J’ai aussi conscience que mes vagues à l’âme n’ont que très peu d’importance si elles ne font que se mouvoir comme une gélatine immobile.
«Faire» est un concept flou, objet d’une grande dispute entre ceux qui croient que seule l’action importe et ceux qui pensent que l’esprit, libéré de ses contraintes, permet d’envisager autrement l’avenir. Ces deux vérités forment leur ombre réciproque et la réponse vient probablement à l’heure du midi, quand le jour a quitté définitivement la nuit et s’apprête à y replonger. Personne n’a raison, personne n’a tort non plus.
Faire pour faire ne vaut rien. Muser pour s’amuser non plus. Le poète qui, pour un idéal, adhère à un parti fasciste ne vaut pas mieux qu’un constructeur de barrage qui, pour des nécessités économiques, n’accepte pas de protéger un héritage vivant.
Les problèmes surviennent quand le dialogue ne se fait pas entre deux mondes supposément étanches. Le poète percevra davantage s’il s’oblige à confronter ses dires à une réalité muette. Et l’on sait tous que la plus imprenable falaise tombera sous les assauts patients et retords des marées.
Nous vivons dans un monde abandonnés par ses sorciers. Est-ce un bien ou un mal? Attendons midi pour connaître la réponse. Et entre-temps, reprenons notre corvée.
“Comprendre”, est-ce réellement nécessaire en tant que récepteur de l’oeuvre ou de l’ouvrage? Mais je crois que “sentir” est plus (et aussi) important, d’où ces sorciers.
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Après un concert de musique, je me sens bien.
Un autre concert, une autre fois, indifférent.
Et quelquefois, impossible d’oublier…
Est-ce que j’ai compris? Je ne sais pas.
Mais je m’en rapelle profondément.
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Un peu comme de la sorcellerie.
“La terre est bleue comme une une orange” – Paul Éluard.
Merci pour tes mots!
— Jean-Pierre Vu · jan 22, 16:02 · #
Tu es un monstre… bon, asteur que j’ai commencé ma phrase, mieux vaut l’expliquer. :-)))
Le Monstre, de “La Ronde”… structure de bois qui est en fait, un assemblage de montagnes russe. Je n’ai pas à savoir si quand je plonge dans le vide, ou bien que je vais vivre l’adrénaline de l’ascension vers l’inconnu. Ben non, quand j’embarque dans ton train, c’est pour le plaisir de me laisser bercer par tes mots parfois vertigineux, parfois apeurant et parfois doux comme à l’arrivé du roller coaster au quais.
Moi aussi, je n’en saisi pas tout l’intellect , mais la “ride” est toujours un plaisir.
Continu de nous faire virevolter au bout de ta plume. xo
— Pierre L. · jan 20, 10:24 · #