
On pourrait comparer le phénomène à ces débris satellitaires qui polluent les strates lointaines de l’atmosphère terrestre et qui se voient interdire leur passage kamikaze vers la surface par de subtils filtres protecteurs, similaire à une couche d’ozone et qui, comme elle, possède ses failles et ses trous.

Je peux comprendre les croyants qui se battent pour qu’on ne banalise pas leur foi, qu’on ne l’enrégimente pas dans un banal compartiment de choses à savoir parmi tant d’autres. Je comprends ainsi ces parents qui se battent en Cour pour que leurs enfants ne soient pas «pollués» par des idées qui, au minimum, relativiseront les doctrines qu’ils tentent d’inculquer aux jeunes cerveaux qu’ils ont fait naître.

Le temps est particulièrement doux à Montréal. L’hiver, tout compte fait, n’a pas de prises sur le bitume huileux de la métropole qui n’en poursuit pas moins sa course.

Lorsque les coïncidences arrivent à point, on parle volontiers de synchronicité, terme chéri par Jung qui a vu comme d’autres avant lui que, dans le mouvement des corps célestes résidait une sagesse sans noms, qualificatifs ou verbes.

Il est ce temps de l’année où un léger malaise s’empare de mes pensées. Une pile de documents de toutes les formes et de toutes les couleurs attend d’être classée, calculée.

Les travaux avancent. Ce qui devait, au départ, n’être qu’un rafistolage d’une pièce s’est transformé en un chantier un peu plus important. J’aurai un bon placard, un autre pour un éventuel congélateur, le mur donnant sur le voisin aura été insonorisé et le circuit électrique refait.

Une autre journée à retoucher le Rimmel du quotidien, d’autres heures à parfaire le vernis des bonnes manières, à récurer les tâches, laver les devoirs, étendre les espérances.

La caissière me sourit et commence à passer les objets en face du scanner. Elle s’arrête devant ma bouteille de shampooing contre le psoriasis.

Mon ancien éditeur m’a retourné, annoté, mon manuscrit. Le colis était abimé, inséré dans une enveloppe de Postes Canada, qui présentait mécaniquement ses plus plates excuses. Il manque tout de même vingt pour cent des pages. Le paquet a visiblement chuté, l’enveloppe utilisée par mon éditeur, peu conçue pour un tel nombre de pages, s’est ouverte et une partie du contenu s’est volatilisé. Il m’a fallu une bonne demi-heure pour ordonner ce qui a pu être récupéré.
Au-delà de ce désagrément, les pages ainsi raturées sont comme un rappel à l’ordre (sans jeu de mots). J’y vois, encerclées comme à la petite école, des fautes stupides, d’autres plus subtiles. Je me suis sans doute trop dépêché d’expédier ce manuscrit, signe tangible de cette anxiété qui me ronge face au regard d’autrui. Et je crains que cet empressement me vaille d’autre refus de la part d’éditeurs. Et si, au final, personne ne veut de ce manuscrit, j’engagerai un/e réviseur/e profesionnel/le et le publierai, car les temps ont bien changé. Nous sommes curieusement revenus à une époque où il est normal de s’autopublier (et les progrès technologiques facilitent la chose [Book Baby est un bon exemple]).
Bien que l’avis de mon éditeur est que ce texte en vaut la peine (mon histoire est racontée, dit-il, avec brio), je comprends qu’au niveau français, j’ai encore de bonnes croutes à manger. On me dira que je suis trop sévère; je rétorquerai qu’on ne gagne pas de médailles à s’excuser.
Je me remets donc à la tâche. Je n’ai pas acheté pour rien un petit ordinateur ultra léger et de luxe pour le simple plaisir bourgeois d’en posséder un. J’ai certes besoin de mon petit confort informatique pour avancer, il n’empêche que je n’achète rien pour rien.
Alors, fainéant, à l’ouvrage!
Mosus… ça aurait pu arriver pour une revue, un texte non annoté, mais là, les annotations n’étaient pas dans un document informatique que nous pouvons réimprimer.. soupir.. c’est plate.
— Pierre · jan 22, 10:32 · #