
On pourrait comparer le phénomène à ces débris satellitaires qui polluent les strates lointaines de l’atmosphère terrestre et qui se voient interdire leur passage kamikaze vers la surface par de subtils filtres protecteurs, similaire à une couche d’ozone et qui, comme elle, possède ses failles et ses trous.

Je peux comprendre les croyants qui se battent pour qu’on ne banalise pas leur foi, qu’on ne l’enrégimente pas dans un banal compartiment de choses à savoir parmi tant d’autres. Je comprends ainsi ces parents qui se battent en Cour pour que leurs enfants ne soient pas «pollués» par des idées qui, au minimum, relativiseront les doctrines qu’ils tentent d’inculquer aux jeunes cerveaux qu’ils ont fait naître.

Le temps est particulièrement doux à Montréal. L’hiver, tout compte fait, n’a pas de prises sur le bitume huileux de la métropole qui n’en poursuit pas moins sa course.

Lorsque les coïncidences arrivent à point, on parle volontiers de synchronicité, terme chéri par Jung qui a vu comme d’autres avant lui que, dans le mouvement des corps célestes résidait une sagesse sans noms, qualificatifs ou verbes.

Il est ce temps de l’année où un léger malaise s’empare de mes pensées. Une pile de documents de toutes les formes et de toutes les couleurs attend d’être classée, calculée.

Les travaux avancent. Ce qui devait, au départ, n’être qu’un rafistolage d’une pièce s’est transformé en un chantier un peu plus important. J’aurai un bon placard, un autre pour un éventuel congélateur, le mur donnant sur le voisin aura été insonorisé et le circuit électrique refait.

Une autre journée à retoucher le Rimmel du quotidien, d’autres heures à parfaire le vernis des bonnes manières, à récurer les tâches, laver les devoirs, étendre les espérances.

La caissière me sourit et commence à passer les objets en face du scanner. Elle s’arrête devant ma bouteille de shampooing contre le psoriasis.

Je n’ai pas le droit de vous photographier, de parler de vous en montrant votre visage. Vous avez droit à votre monde intérieur, à votre anonymat même si, paradoxalement, vous rêvez peut-être d’être sur le devant des scènes. Dans l’Amérique des Américains, je ne serais pas ennuyé ou intimidé.
Hier après-midi non plus, en fait. Il est vrai que je n’ai pas utilisé de flash, la plupart d’entre vous n’ont même pas remarqué. Qui sait, vous verrez peut-être un jour cette photo, ou quelqu’un de votre entourage vous verra et vous criera des injures, car vous aurez menti. Vous n’étiez pas là où vous deviez être, vous avez séché l’école, vous n’étiez pas au travail.
Évidemment, vous n’avez rien fait de tout ça. J’invente, je ne vous connais pas. Lorsque je reprends le métro, vous êtes encore là, mais ce n’est plus vous. Vos visages sont étrangement similaires, mais ce ne sont pas les mêmes.
Pour ma part, je revenais d’une assignation. J’ai pris des photos d’un poste électrique. Je n’étais donc pas non plus à ma place habituelle. Quelqu’un m’a peut-être photographié et aura mis la photo sur Internet. Un de mes clients, croyant que je travaillais sur son projet pourrait m’avoir vu.
Ciel, j’ai droit moi aussi à mon anonymat. C’est une petite chose que l’on place devant soi, comme un voile, afin de préserver nos somptueux atours personnels.
Qu’importe. J’ai pris cette photo quelques minutes après avoir terminé la lecture de A Voyage to Arcturus, livre étrange, écrit au début du XXe siècle. Il ne me fit pas la même impression qu’à sa première lecture, quand j’avais vingt ans. Mais à vous regarder, chers passants, me ramena tout de suite à ce livre que je venais de quitter. La conclusion du roman se veut hyper-métaphysique au point qu’on en échappe la signification.
L’auteur a sans doute raison. On ne pourra jamais comprendre même si, derrière notre anonymat, on comprend tout.
J’ai mis les voiles, denièrement. J’ai fais le tour de l’Améque du Nord. Que de millions de ces visages mon esprit a accumulé. Que de voiles à peine dévoilés et que de voiles imposés de forces j’ai rencontré. Cette phote s’intègre bien dans toutes ces villes qui se ressemblent peu importe le temps des gelées où celle dont l’été est à l’année. J’aime voir tes photos et suivre ainsi ton regard.
Claude
— Claude jean · jan 26, 11:51 · #
Comme ces gens qui se font bercer au gré des rails du métro, je me suis fait bercer par tes mots. Merci d’être mon p’tit métro quotidien qui m’amène parfois à des stations inconnues. :)
— Pierre L. · jan 27, 08:10 · #
j’aime ce commemtaire et puis Guy c’est la première fois que je vois un dedans de métro et non j’aimerais pas y être,c’est trop tassé et il est facile d’attrapper la grippe de l’autre ect avec mes phobies je manquerais d’air donc je réalise que je suis bien chez moi bonne journée A+ :-)
— laurette · jan 26, 10:16 · #