
On pourrait comparer le phénomène à ces débris satellitaires qui polluent les strates lointaines de l’atmosphère terrestre et qui se voient interdire leur passage kamikaze vers la surface par de subtils filtres protecteurs, similaire à une couche d’ozone et qui, comme elle, possède ses failles et ses trous.

Je peux comprendre les croyants qui se battent pour qu’on ne banalise pas leur foi, qu’on ne l’enrégimente pas dans un banal compartiment de choses à savoir parmi tant d’autres. Je comprends ainsi ces parents qui se battent en Cour pour que leurs enfants ne soient pas «pollués» par des idées qui, au minimum, relativiseront les doctrines qu’ils tentent d’inculquer aux jeunes cerveaux qu’ils ont fait naître.

Le temps est particulièrement doux à Montréal. L’hiver, tout compte fait, n’a pas de prises sur le bitume huileux de la métropole qui n’en poursuit pas moins sa course.

Lorsque les coïncidences arrivent à point, on parle volontiers de synchronicité, terme chéri par Jung qui a vu comme d’autres avant lui que, dans le mouvement des corps célestes résidait une sagesse sans noms, qualificatifs ou verbes.

Il est ce temps de l’année où un léger malaise s’empare de mes pensées. Une pile de documents de toutes les formes et de toutes les couleurs attend d’être classée, calculée.

Les travaux avancent. Ce qui devait, au départ, n’être qu’un rafistolage d’une pièce s’est transformé en un chantier un peu plus important. J’aurai un bon placard, un autre pour un éventuel congélateur, le mur donnant sur le voisin aura été insonorisé et le circuit électrique refait.

Une autre journée à retoucher le Rimmel du quotidien, d’autres heures à parfaire le vernis des bonnes manières, à récurer les tâches, laver les devoirs, étendre les espérances.

La caissière me sourit et commence à passer les objets en face du scanner. Elle s’arrête devant ma bouteille de shampooing contre le psoriasis.

Nous vivons forcément seuls entre les murs élastiques des appartements du corps et de l’esprit. Il y a bien les fantômes de nos idées, les spectres de nos souvenirs, les films de nos habitudes. Il y a bien aussi ces étranges oasis d’énergies, collées à notre peau, au petit matin, qui nous sourient, ces lointaines manifestations télévisées, écrites ou chantées, ces îles passantes qui, de leurs yeux, s’arriment à votre regard et qui poursuivent sans ralentir leur pèlerinage.
Il y a surtout ce battement insistant, ce tremblement du sang, cette eau qui, sans cesse, retourne au même moulin, y alimente une tenace existence. Il n’y aura plus rien de tout cela, un jour. Les choses, tant les montagnes que les grains de nos pensées, poursuivront tout de même leurs routes.
Nous vivons forcément seuls, car nous ne sommes rien. Or, si petits soyons-nous parmi les autres maillons, il n’en demeure pas moins que nous pouvons ressentir avec vertige toute la hauteur de l’existence.
Il suffit de regarder, de se taire, de parler ensuite, même s’il y aura toujours cet écho sans fin pour répondre à notre ignorance. Nous sommes vraiment très peu de chose, et cela n’a aucune importance.
