
On pourrait comparer le phénomène à ces débris satellitaires qui polluent les strates lointaines de l’atmosphère terrestre et qui se voient interdire leur passage kamikaze vers la surface par de subtils filtres protecteurs, similaire à une couche d’ozone et qui, comme elle, possède ses failles et ses trous.

Je peux comprendre les croyants qui se battent pour qu’on ne banalise pas leur foi, qu’on ne l’enrégimente pas dans un banal compartiment de choses à savoir parmi tant d’autres. Je comprends ainsi ces parents qui se battent en Cour pour que leurs enfants ne soient pas «pollués» par des idées qui, au minimum, relativiseront les doctrines qu’ils tentent d’inculquer aux jeunes cerveaux qu’ils ont fait naître.

Le temps est particulièrement doux à Montréal. L’hiver, tout compte fait, n’a pas de prises sur le bitume huileux de la métropole qui n’en poursuit pas moins sa course.

Lorsque les coïncidences arrivent à point, on parle volontiers de synchronicité, terme chéri par Jung qui a vu comme d’autres avant lui que, dans le mouvement des corps célestes résidait une sagesse sans noms, qualificatifs ou verbes.

Il est ce temps de l’année où un léger malaise s’empare de mes pensées. Une pile de documents de toutes les formes et de toutes les couleurs attend d’être classée, calculée.

Les travaux avancent. Ce qui devait, au départ, n’être qu’un rafistolage d’une pièce s’est transformé en un chantier un peu plus important. J’aurai un bon placard, un autre pour un éventuel congélateur, le mur donnant sur le voisin aura été insonorisé et le circuit électrique refait.

Une autre journée à retoucher le Rimmel du quotidien, d’autres heures à parfaire le vernis des bonnes manières, à récurer les tâches, laver les devoirs, étendre les espérances.

La caissière me sourit et commence à passer les objets en face du scanner. Elle s’arrête devant ma bouteille de shampooing contre le psoriasis.

Mon pays ne semble plus être cet hiver que le poète déclamait à grande voix, du moins pas dans la métropole. Il pleut encore et la neige ne résiste pas. Hier après-midi, j’ai entrevu une grosse corneille pavaner sur la toiture du voisin. Je ne vois pas cependant pas les autres oiseaux, sûrement plus avisés que l’imprudente, car, on le sait tous, l’hiver n’a certainement pas lancé la serviette même si, réchauffement oblige, il préfère séjourner dorénavant un peu plus vers l’est. Le Québec de la grande ville se londonise sans doute.
Je n’ai certes pas le goût de mettre le nez dehors. De plus, mes bottes prennent l’eau et mes argents servent à dépenser autre chose que l’essentiel saisonnier. Nous entrons bientôt en février. Déjà les gens autour de moi démontrent de l’impatience, leur moral décline et ils iront tout de même travailler.
Moi, je ferme les yeux, j’observe cette fatigue, un sédiment plus tenace que la neige, m’envelopper de ses écailles temporelles. Aujourd’hui est un autre jour rempli d’espoir et de tâches à faire. Même en demeurant ainsi bien campé dans mes coussins, les jambes croisées, l’Internet sous mes doigts d’Ariane, je me sais avancer. J’ai des rêves de mettre le cap sur des contrées inexplorables, sûrement magnifiques. J’ai des envies de repos. Mes idées, telles des vagues, s’entrechoquent et se heurtent à la Grande Falaise, bien haute avec ses majuscules.
Et je dois ouvrir les yeux, ne serait-ce pour réviser ce texte, mais aussi pour reprendre ma place parmi les fourmis. Le Temps est mon Soviet suprême.
