altPicture1834621710
On Bannyantine street

The tree

Modifié le : 2019/07/13

J’étais en avance. Mon cours de chant ne com­mençait que dans quinze min­utes. Comme à mon habi­tude, dans de tels moments, je m’assois sur un banc placé près d’un arbre, dans ce qui tient lieu d’un minus­cule parc sans nom, sans attrait, à peine plus grand qu’une cui­sine, pas très Feng shui non plus, enchâssé entre l’arrière d’une église et une anci­enne Caisse pop­u­laire trans­for­mée en salon de beauté.

Le par­cours de quinze min­utes, du métro à ce banc, m’avait un peu épuisé. Mon début de vacances, une semaine plus tôt, a dégénéré. Pris d’une fièvre inex­plic­a­ble, j’ai presque cessé de manger, dor­mant tout mon saoul au-dessus d’heures dev­enues inutiles. J’ai per­du deux kilos en une semaine. 

C’était ma pre­mière grande sor­tie depuis cet épisode. Je n’avais tou­jours pas grand appétit, mais je me sen­tais suff­isam­ment fort pour affron­ter le chant. J’étais plus que décidé à remon­ter la pente.

Enfin, donc, sur ce banc, j’ai ouvert mon télé­phone, ma seule ancre avec la planète durant ces journées floues, passées à ne rien faire. Les quinze min­utes passèrent, on s’en doute bien, très vite. J’étais main­tenant presque en retard. Je me suis levé et, en même temps, observé l’arbre devant moi. Je me suis immo­bil­isé aus­sitôt. Ce n’est pas un arbre mag­nifique, plutôt du genre urbain qu’on a plan­té là il y a quelques années pour adoucir le cli­mat de ces régions trop béton­nées. Un jour, cet arbre sera vénérable, mais il n’en démon­tre pas encore les signes.

J’ai tou­jours aimé les arbres, je les ai sou­vent décrits dans mes textes. L’Effet Casimir com­mence par le bruit des branch­es au vent. Falaise leur laisse la part belle quand il s’agit de racon­ter les aven­tures sex­uelles des jeunes garçons.

Cet arbre devant moi n’avait qu’un seul mérite. Il m’offrait cette fraîcheur qu’on appré­cie tant en temps de canicule. Je m’en aperce­vais au moment où je le quit­tais. J’ai souri. À dire vrai, je lui ai souri comme on fait une prière. Pen­dant d’infimes sec­on­des, mon esprit s’est amusé encore une fois avec le mou­ve­ment indo­lent des feuilles. Je me suis ras­sis, je l’ai pris rapi­de­ment en pho­to, puis m’en suis allé.

Ce fut mon petit moment Boud­dha et, pen­dant que j’écoute en ce moment une mélodie nou­velleâgeuse, assis en indi­en sur mon lit, j’observe l’arbre à ma fenêtre. Le ciel est gris, le vent n’est pas vrai­ment mort, alour­di par la pluie qui com­mence. Les grandes chaleurs sont passées. Dans quelques jours, je recom­mence à travailler.

Ces deux semaines auront été de toutes les magies et incer­ti­tudes. Je suis pro­fondé­ment inqui­et, mais puisque je ne con­trôle pas ma vie, pourquoi m’en faire ? J’aurai tou­jours la richesse d’observer les arbres, d’en appréci­er leur douce pro­tec­tion. Quand on ne veut plus rien d’autre, tout est possible.

Tags:tree

#355565
#85bffd