Crever mon fils

Crever mon fils

French

ISBN : 2-89419-040-9 | 156 pages | 16,95 $ | | Herbes rouges

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Cla­risse est enceinte, mais ce second enfant n’est pas dési­ré. elle n’aime plus Simon, lui qui tente de s’accrocher à l’image ras­su­rante du couple hété­ro­sexuel, impos­sible pour eux.

La gros­sesse sera ter­rible et enivrante, à la fois pour Cla­risse, qui tombe amou­reuse d’un autre homme, et pour Simon, qui n’ose rien dire.

Der­rière le mépris de Cla­risse pour son mari, sa gros­sesse et ses ébats sexuels avec son voi­sin, se cache une volon­té étrange : l’acharnement à effa­cer en elle ce fils mau­dit — car elle sait qu’il res­sem­ble­ra à Simon. Ses délires de meurtre côtoie­ront ses jouis­sances neuves ; son pas­sé dou­lou­reux, sa vie étouf­fante et son ave­nir noir la pous­se­ront à vou­loir sans com­pro­mis la liber­té et de s’y accro­cher avec la vio­lence de l’espoir.

Vu sous cet angle, cela ressemble à un lac gelé, au moment de l'embâcle. De la glace nauséabonde s'amoncelle près des cheveux de Clarisse. Il n'y a pas de vent ; la rivière est sourde. Il n'y a que l'odeur des berges pour fouetter les narines. Clarisse tente de se relever mais la douleur la retient au sol. Elle renonce. En gardant les yeux ouverts, elle peut s'imaginer des tas de choses ; en les fermant, les images héritent d'odeurs et de vertiges. Elle continue à pleurer.

Critiques

Je t'aime moi non plus

Je t’aime, moi non plus… Toute l’ambiguïté de rela­tions amou­reuses dif­fi­ciles se retrouve dans le deuxième roman de Guy Ver­ville, Cre­ver mon fils, un livre âpre et violent qui ne fait l’économie d’aucune dou­leur ni d’aucun plai­sir. Cla­risse et Simon y consti­tuent un couple peu banal mal­gré des appa­rences ras­su­rantes : ils ont eu un pre­mier enfant, et Cla­risse est à nou­veau enceinte. Mais Simon pré­fère les hommes et n’approche guère sa femme qui éprouve une pro­fonde répul­sion à l’idée de sa deuxième gros­sesse. Pro­fon­dé­ment bou­le­ver­sée par cette concep­tion que son esprit ne par­vient pas à accep­ter tan­dis que son corps l’accueille avec natu­rel, Cla­risse nour­rit des dési­rs de meurtre envers l’embryon occu­pé à se déve­lop­per en elle. Guy Ver­ville pré­sente, avec une cer­taine audace pour un écri­vain mas­cu­lin dont l’œuvre est encore courte, le point de vue de la femme, avec tant d’intériorité que le lec­teur accepte, parce qu’ils viennent d’un per­son­nage vrai, la haine et le dégoût mani­fes­tés par Clarisse.

Une écri­ture qui semble imi­ter les sou­bre­sauts même de cette vie agi­tée ajoute à la ten­sion d’un roman dou­lou­reux, pathé­tique, et pour­tant sans effets gra­tuits. […] Publié au Qué­bec, ce roman de Guy Ver­ville mérite bien de tra­ver­ser l’Atlantique pour venir jusqu’à nous. Il gratte les appa­rences pour trou­ver, des­sous, la véri­té — tou­jours bonne à dire, même et sur­tout si elle fait mal.

Pierre Maury, Le Soir, Bruxelles (1995/02/15)

Sec comme une gifle

Guy Ver­ville livre un roman sec comme une gifle, sans com­pro­mis, écrit dans une langue sans arti­fices, qui réserve par­fois de beaux éclairs. Sur­tout lorsqu’il délaisse une poé­sie un peu mal­adroite, sans doute ajou­tée pour adou­cir un uni­vers de déchi­rures. est les­té d’une richesse sombre où la tra­gé­die quo­ti­dienne s’exprime comme rare­ment dans la lit­té­ra­ture québécoise.

Isabelle Richer, Le Devoir, Montréal (1995/02/15)

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