L’Effet Casimir

L’Effet Casimir

French

ISBN : 9781623097868 | 366 pages | 9,99 $ | | Guy Verville

Ce livre a été publié pour la première fois par Varia (qui a cessé ses activités). Premier ISBN 2001: 2-922245-42-X. IJ'ai repris mes droits et publié au format ePub.

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Psy­cha­na­lyste à la retraite, Marthe vit des jours pai­sibles en com­pa­gnie de trois anciens patients, deve­nus, au fil des ans, ses amis. Son bon­heur aurait pu être com­plet si l’homme de sa vie, le peintre Léo Arcand, ne l’avait quit­tée, cinq années aupa­ra­vant, après qua­rante ans de vie com­mune. Ce matin d’automne où débute le roman, Marthe prend une déci­sion qui bou­le­ver­se­ra, petit à petit, les habi­tudes de chacun.

Recension

Une vie au quotidien finement décrite

Avec L’Effet Casi­mir, Guy Ver­ville pro­pose un ton et des per­son­nages dif­fé­rents de ce qu’il a écrit jusqu’à main­te­nant. Qua­li­fiée de roman tran­quille par son auteur, cette œuvre mêle, aus­si faci­le­ment que la vie elle-même, bon­heurs et tris­tesses, réflexions et drô­le­ries, per­son­nages dra­ma­tiques et tru­cu­lents. Une his­toire qui emprunte le rythme du fleuve sur les rives duquel elle prend place : calme et inexo­rable, par­fois mou­ve­men­tée, reflet tou­jours intense de la vie et des choses. 

Si la vie est un éter­nel recom­men­ce­ment, avec ses hauts, ses bas, ses fausses cer­ti­tudes, ses décep­tions et ses rêves inces­sants, Guy Ver­ville a vou­lu sai­sir l’essence du temps qui passe et façonne les êtres qui, à leur tour, en modèlent d’autres au gré de leurs allées et venues. L’Effet Casi­mir suit les jours d’une femme, Marthe, ex-psy­cho­logue bien­tôt sep­tua­gé­naire, qui se débat tou­jours avec un cha­grin d’amour. Heu­reu­se­ment, elle vit dans son manoir près de la splen­deur du fleuve, entou­rée de quelques anciens patients deve­nus ses amis.

Le sous-titre, « roman tran­quille », peut sus­ci­ter chez le lec­teur une légère appré­hen­sion quant au rythme de la nar­ra­tion. Quoi qu’il en soit, « tran­quille » réus­sit ici à ne pas rimer avec ennuyeux. Le défi rele­vé par Ver­ville était pour­tant de taille. Par­ler de la vie quo­ti­dienne, et plus par­ti­cu­liè­re­ment de celle d’individus vivant dans l’entourage d’un mori­bond (l’un des vieux amis de Marthe est atteint du can­cer), aurait pu las­ser le lec­teur, lui don­ner l’impression désa­gréable de perdre son temps. Avec L’Effet Casi­mir, il n’en est rien.

Au contraire, les réflexions de Marthe, fine mouche – sauf en ce qui a trait à sa propre vie – savent tis­ser une trame de laquelle le lec­teur n’aura aucune envie de s’extraire, aus­si curieux d’entendre les soli­loques de l’héroïne avec sa conscience (redou­table conscience de psy­cho­logue) que de connaître l’évolution des êtres qui peuplent ce micro­cosme rural. Car la dou­ceur de ces ami­tiés pro­fondes créées par le temps et l’intimité entre des êtres à l’origine très dif­fé­rents, s’ajoutant à l’apaisement que pro­curent le rythme, la puis­sance, la constance et l’omniprésence du fleuve, ins­tallent un uni­vers à part entière, aus­si phy­sique que méta­phy­sique. Y évo­luent des êtres vrais aux­quels il est dif­fi­cile de ne pas croire et de ne pas s’attacher.

Lucienne, la bonne aux cou­leurs de la cam­pagne, qui addi­tionne les amants mal­gré son âge et sa cor­pu­lence ; Armand, musi­cien et astro­logue qui apprend à appri­voi­ser sa fin proche ; Rémi, homo­sexuel éner­gique au noble coeur, qui tente de se convaincre que l’amour n’existe pas ; Gus­tave, taquin aux tendres sen­ti­ments et enfin Marthe, intel­li­gente, culti­vée, aimante, faite pour le bon­heur, d’une fidé­li­té qui émeut autant qu’elle l’empêche de sur­mon­ter sa peine et sa décep­tion. Toutes ces figures sont atta­chantes et leurs modestes péri­pé­ties inté­ressent comme le font, pour tout indi­vi­du, les his­toires vécues par des proches. Leurs démê­lés, leurs états d’âme et leurs pro­jets sus­citent l’intérêt du lec­teur dans la mesure où eux-mêmes font l’objet d’une sym­pa­thie toute particulière.

Impos­sible de ne pas être tou­ché par cette vieille femme qui regrette le bon­heur connu avec l’homme qu’elle avait choi­si d’aimer pour tou­jours. La chose est aus­si vraie en ce qui concerne la réac­tion des amis d’Armand à son tré­pas. D’abord pro­fon­dé­ment tristes, jaloux d’une com­pli­ci­té com­mune, ils renouent avec le bon­heur après l’heure fatale, car l’humain est ain­si fait qu’il ne peut résis­ter à l’envie d’être heureux.

Guy Ver­ville livre les bon­heurs du quo­ti­dien, ses peines, bref, il écrit la vie. Et la vie, telle un Nar­cisse aux pro­por­tions pla­né­taires, aime se lire, s’analyser et se contem­pler lorsqu’elle se recon­naît jus­te­ment dépeinte, ce qui est vrai dans L’Effet Casi­mir.

Sophie Pouliot, Le Devoir (2001/10/13)

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