La vie dure

La vie dure

French

ISBN : 2-922245-02-0 | 220 pages | 15,99 $ | | Varia

Rupture de stock. Comme Varia a cessé ses activités, j'ai repris mes droits et j'ai l'intention de revoir et de republier bientôt en format ePub.

Ce soir, ce sera sûre­ment la tem­pête du siècle. Tan­dis que la neige com­mence à tom­ber et que le vent se fait mena­çant, un écri­vain va de café en café, écoute et observe. Des gens rient, d’autres pleurent, cer­tains trompent leur soli­tude dans l’illusion de la foule, les autres se coupent du monde pour pro­fi­ter d’un ins­tant de bonheur.

Mais la tem­pête se fait vio­lente et la nature, en colère, force hommes et femmes à faire face à leur vie. Par­mi eux, six par­cours se détachent : Tho­mas, qui veut mou­rir sur le Mont-Royal et lutte corps à corps contre son ins­tinct de sur­vie ; un vieil homme, au cré­pus­cule de sa vie, qui vient dire adieu aux livres ; Suzanne qui perd son mari, son bour­reau ; Fire, le pyro­mane, qui se consume en pri­son ; un homme qui écrit à sa femme son émer­veille­ment d’être en vie et en amour ; une jeune femme vio­lée qui tente d’échapper à ses souf­frances en gra­vis­sant la mon­tagne où elle perd la rai­son. Le ciel peut bien être en colère, rien n’est plus poi­gnant que ces tem­pêtes émo­tives qui secouent le cœur des hommes. Tho­mas, Suzanne, Fire et tous les ano­nymes qui croisent le regard et l’imagination de l’écrivain imprègnent et récon­fortent nos âmes tant ils sont cha­cun un mor­ceau de nous.

La neige l'étouffe. Des flocons pénètrent dans ses narines. Elle tousse. La tempête hurle ou chante ; c'est difficile à dire. Si elle hurle, c'est qu'elle est méchante ; si elle chante, c'est qu'elle fait partie de son imagination. Elle tique, place une main devant elle pour se protéger. Le vent suit la route que les hommes ont percée dans la montagne. Elle s'imagine qu'elle marche dans une rivière, à contre-courant. Le vent lui barre le chemin, paraît protester parce qu'il rencontre un obstacle, tourbillonne, s'écrase sur les rochers, entraîne la neige qui éclate à son tour. Il fait déjà nuit. Ses cheveux fouettent son visage. Elle n'avait pas envisagé la montée si difficile. Elle avance tout de même. Elle n'avait rien envisagé du tout.

Critiques

Un admirable hymne à la vie

Dès le début, on plonge dans le désar­roi des per­son­nages, dans leurs misères et leurs émo­tions conflic­tuelles pour se retrou­ver chaque fois devant un choix. Vivre ou ces­ser d’exister. Plu­tôt que d’entrer dans le mélo­drame et de nous y com­plaire, en guise de conclu­sion, l’auteur nous fait par­ta­ger les solu­tions à chaque pro­blème. Tout passe par l’amour de la vie. On ne se lasse pas de lire ces his­toires si poi­gnantes et qui nous res­semblent tant. La Vie dure est un vibrant por­trait de gens dans la tem­pête de l’existence et des émo­tions. C’est aus­si un admi­rable hymne à la vie.

Roger-Luc Chayer, RG (1997/07/01)

Crudité et poésie

Il aurait peut-être dû paraître plus tôt, au cœur de l’hiver, ce petit livre qui risque de pas­ser inaper­çu en ce tar­dif début d’été. Troi­sième œuvre de Guy Ver­ville, qui nous avait déjà don­né des nou­velles, La Putain (Éd. Guer­ni­ca, 1991), et un roman remar­quable, Cre­ver mon fils (Éd. Les Herbes rouges, 1993), La Vie dure se pré­sente comme un récit, mais se lit comme un roman. Tout s’y passe en une nuit, alors que la tem­pête du siècle fait rage dans le ciel et dans les rues de la ville. Un écri­vain s’arrête dans un café, scrute les visages, écoute des bribes de conver­sa­tion, écrit. Des tem­pêtes inté­rieures se déchaînent..

La prose de Guy Ver­ville est pre­nante, poi­gnante, hale­tante. Ses phrases courtes, au début sem­blant man­quer de flui­di­té, s’arrêtent, repartent, deviennent un rythme, une pen­sée. Nous sommes dans la tête d’un homme qui, n’en pou­vant plus de souf­frir, a déci­dé de mou­rir, d’en finir avec l’ennui. Muni d’une arme, il veut pro­fi­ter de l’anonymat de la tem­pête sur la mon­tagne. Il a tout pré­pa­ré, tout pré­vu, sauf l’instinct de sur­vie de l’animal. « Les bras tou­jours poin­tés vers le ciel, il se met à pleu­rer. Son corps a gagné, lui a fait perdre une pré­cieuse balle et un temps encore plus esti­mable. Il n’avait pas pen­sé à la résis­tance du corps ».

Il y a six his­toires, six drames indi­vi­duels qui se vivent ici, entre­cou­pés par les déam­bu­la­tions de l’écrivain dans un uni­vers où le réel dépasse la fic­tion. Un vieillard malade entre dans une librai­rie, y dérange un libraire rêveur, qui ne pen­sait pas devoir assis­ter quelqu’un dans sa mort, en pleine tem­pête. Mais le vieux est étrange, il a beau­coup à lui apprendre, il le lais­se­ra chan­gé après son départ. Une femme bles­sée inter­rompt un ins­tant leur tête-à-tête, s’enfuit : « Que les gens souffrent, mon Dieu, que les gens souffrent », a dit le vieux..

Ailleurs, dans un salon, une femme fume exa­gé­ré­ment. Elle attend la mort de son mari, sa libé­ra­tion. L’agonie n’en finit plus. L’auteur crée un cli­mat d’étouffement, d’attente, d’angoisse. Le temps passe lour­de­ment. Toute la vie n’a plus de sens. Dans une pri­son, deux hommes s’aiment sans le dire. La femme bles­sée, vio­lée, hante les rues avant d’aller lécher ses plaies sur la mon­tagne, à son tour.

La Vie dure, comme son titre l’indique, n’est pas un conte joyeux. Pour­tant, à tra­vers ces his­toires d’horreur quo­ti­diennes, que Guy Ver­ville raconte avec cru­di­té et poé­sie, percent l’espoir, le rêve d’un ave­nir meilleur, la vie qui per­dure après la tempête.

Raymond Bertin, Voir (1997/05/29)

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