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Après le party

Ven­dre­di soir avait lieu le par­ty de Noël de la com­pa­gnie. Comme tous les ans, la fête fut géné­reuse. Cock­tail dîna­toire et pro­fu­sion d’alcool. Le rire n’est pas juste facile ain­si, le bon­heur de tra­vailler ensemble existe réel­le­ment, je crois, au sein de Spiria.

Au-delà de la fête, ce que j’aime par-des­sus tout, et même avec un cer­tain regret que je décri­rai plus loin, c’est le dia­logue, l’intimité ou la confi­den­tia­li­té qui, on le devine, s’installe après s’être trem­pé ne serait-ce que briè­ve­ment les lèvres dans un verre.

En très peu de temps, des pans com­plets d’une vie peuvent vous être dévoi­lés can­di­de­ment, et c’est peut-être parce qu’on me dit avoir le coeur à la bonne place qu’on n’hésite pas à me par­ler. Ce ven­dre­di-là donc, celui-ci m’aura confié ceci, cette autre m’aura dit cela. Je ne peux, ne veux rien dévoi­ler. Ce ne sont pas de si grands secrets, non plus, et s’il fal­lait les redire en d’autres cir­cons­tances, paraî­traient-ils n’être que les mani­fes­ta­tions de la vie ordi­naire. L’intérêt est ailleurs, pour moi. Il réside dans la conni­vence. Dans le vacarme d’une soi­rée bien arro­sée, quelqu’un parle de sa vie. Se sou­vien­dra-t-il, se rap­pel­le­ra-t-elle ce qui aura été confié ? Peut-être pas.

Moi, si.

Par­fois je me dis que j’aurais aimé être un prêtre, un psy­cho­logue, pour entendre la vie des gens. En tant qu’écrivain, j’ouvre déjà grandes ouvertes les oreilles. J’observe dans l’ombre. Je ne dis d’ailleurs pas grand-chose de moi. Du moins, en dis-je moins. J’ai appris, je crois, à me taire.

Aurais-je vrai­ment aimé être un prêtre pour cela ? Ou un psy­cho­logue ? Hon­nê­te­ment, non. Puis, il y a un regret ou plu­tôt une inquié­tude, oui. Ai-je appris à me taire parce que je n’ai plus rien à dire sur moi ? Je n’écris pas non plus de « vrais » livres, de « vraies histoires ».

Une per­sonne qui écoute n’est-elle pas un brin timide ? Ce ven­dre­di, je n’ai pas dit à celui-là que lorsqu’il me par­lait, j’avais un désir pro­fond de me col­ler à lui, non pas pour un plai­sir sexuel éphé­mère, mais seule­ment pour goû­ter à son exis­tence. Je n’ai pas dit non plus à cette autre toute la dou­ceur que je pen­sais d’elle. Pour­quoi ne dit-on pas ces choses ? Parce qu’elles sont ridi­cules ou parce qu’elles sont trop précieuses ?

J’ai vu d’autres employés durant ce par­ty qui sem­blaient se dire éga­le­ment des confi­dences. Je rêvais ? J’ai vu le regard triste de l’une d’entre elles. Vu avec tout le bruit et la dis­tance silen­cieuse qui nous sépa­rait, qu’elle pleu­rait inté­rieu­re­ment. J’ai peut-être sim­ple­ment inven­té comme j’aime le faire. J’en ai vu d’autres se tou­cher avec ce plai­sir d’être bien ensemble, à dan­ser et s’oublier quelque peu, imbi­bés de vin ou de scotch. Je sais que les gens sont heu­reux de tra­vailler pour cette com­pa­gnie et l’alcool offert n’en est pas la cause. Il y a les gens qui savent tout sim­ple­ment danser.

De mon côté, je ne danse plus. Je peux com­prendre ceux et celles qui par­courent les bars en quête de la drogue car­na­va­lesque et théâ­trale de la véri­té déliée de la rai­son. En 1982, j’écrivais dans les cafés, à regar­der les gens, car j’avais une peine d’amour, vous savez, de cette bles­sure qui résonne long­temps, parce que c’est la pre­mière et qu’elle trace l’ombre du bon­heur à suivre.

J’aime donc ces occa­sions trop peu fré­quentes pour moi qui, en dehors de l’écriture que je par­tage ici, me per­met de des­si­ner la pas­sion qui nous anime tous de vivre. Ou est-ce vrai­ment la vie pour tous ? Que de ques­tions qui naissent à essayer de ne répondre qu’à une seule !

Le len­de­main, et même le sur­len­de­main, sans que j’aie la gueule de bois, j’avais dans la pen­sée le goût amer que le silence était reve­nu. J’ai regar­dé, comme je le fais quo­ti­dien­ne­ment, les por­traits Ins­ta­vides, criants pour­tant de sin­cé­ri­té maquillée, des gens qui dépeignent leur vie éthy­lique ou l’humble vie qu’ils ché­rissent et par­tagent can­di­de­ment alors que des algo­rithmes décident quelle sera la pro­chaine publi­ci­té à mettre sous leurs yeux.

Non, il n’y a pas que l’alcool pour créer cette dérive. L’esprit est bien capable de s’enivrer tout seul à espé­rer l’espoir et sur­vivre jusqu’à la fin du possible.

D’ailleurs, aujourd’hui, dimanche après-midi, j’ai fait mon pain, je l’ai dit à toute la pla­nète Inter­net qui m’envoya ses likes. J’ai vu le visage d’un bel homme. Je lui ai dit que la lumière lui allait bien. J’ai vu aus­si que mes soeurs bavar­daient dans un canal pri­vé, mon­trant ce qu’elles pré­pa­raient pour les fêtes. Le dîner de Noël est dif­fi­cile à pré­pa­rer de nos jours avec toutes ces aller­gies qui sont appa­rues d’on ne sait où !

Où allons-nous, mon Dieu, madame Chose, vou­lez-vous bien me le dire ?

Tiens, je vais appe­ler mes parents. J’aurai tou­jours besoin de leur bon­té et de leurs véri­tés. Et je n’ai pas pris une goutte d’alcool pour dire cela.

Classé dans :Noëlconfidencesparty

Commentaires

  • Seb

    Seb 2018/12/16 18:47 0

    Dude! every time I ready your stuff it touches my soul. Tes mots sont bien choisi et peser. si seulement je pouvais mettre en mot comme toi tous ce que les gens me confis! A la fins de la journee c notre secret proessionnel ce qui me fais apprecie plus le monde qui nous entour.

    Merci Guy

    Seb

  • Normand Sénéchal

    Normand Sénéchal 2018/12/16 21:59 0

    Cher Guy, il y avait longtemps que je ne t'avais lu...et chaque fois cette sincère interrogation de la vie...
    cette touchante sensibilité avec laquelle tu abordes les choses est vraiment un don, car les questions sont mieux que des réponses, elles ouvrent la voie...et sans s'en rendre compte, elles tracent un chemin

    Merci Guy

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