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Atteindre

Modifié le : 2016/09/01

Chaque matin, en ouvrant les yeux, je tends les mains. L’aurore qui se des­sine en moi cherche à ouvrir les bras. Pen­dant que les rêves déjà oubliés s’ef­fi­lochent dans le pur­ga­toire magique de l’in­cons­cient, je dois poser pied à terre, reve­nir à cette vie.

Je prie comme le font les païens. Je joins les mains et y plonge mon visage encore endor­mi. Je m’é­tire comme si je devais hap­per au pas­sage la potion aérienne qui me des­sou­le­ra. Vivre ses jours demande par­fois du cou­rage, les tra­ver­ser sans poé­sie une cer­taine effron­te­rie. Com­ment atteindre cette lumière qui four­mille sous nos doigts, com­ment se défaire, nous les bonnes bêtes de somme, de nos œillères qui nous forcent à ne regar­der que l’ho­ri­zon devant nous ? Com­ment gam­ba­der dans le mètre cube de notre petite âme ?

J’es­saie de me pro­mettre, à cha­cun de mes réveils, que la jour­née m’ap­pren­dra un petit quelque chose, je m’ef­force de rêver, non pas naï­ve­ment comme l’on bave devant un billet de lote­rie, mais sim­ple­ment de rêver. Là un jour enso­leillé, un soleil rigou­reu­se­ment pré­sent qui m’in­vite à pour­chas­ser les ombres, là la danse d’un écu­reuil qui saute d’un bal­con à une branche et qui m’o­blige à lever la tête afin d’ob­ser­ver son jeu, aus­si là, dans ma tête, quand je me perds en conjec­ture afin d’y trou­ver des idées nou­velles, encore là, dans tous mes dési­rs d’homme mûr devant d’une jeu­nesse fai­néante et belle qui ne me regarde évi­dem­ment pas, me lais­sant pan­tois et nos­tal­gique de mes envies, mes tour­ments d’homme-mur qui écoute trop sa sagesse mor­telle, ou par­fois pas assez, ou enfin encore ici, dans cette pro­me­nade écrite il y a cinq ans que je m’a­muse à palimp­sé­ti­ser (tout en inven­tant des verbes), à la réécrire de fond en comble, car le pas­sé, c’est aus­si le pré­sent et l’a­ve­nir et si je peux bien tout mélan­ger et faire de longues phrases, peut-être attein­drai-je un nir­va­na proustien.

Chaque matin, je me veux vivant même si je n’y par­viens pas tou­jours. Il est trop facile de vivre en lais­sant pas­ser les heures sans se com­pro­mettre. Et chaque soir, lorsque mes yeux n’en peuvent plus et qu’une horde de sirènes accourent vers une urgence, qu’un avion tar­dif pour­fend la nuit pour nous empê­cher de rêver, j’as­pire au som­meil, vou­lant retour­ner dans l’antre d’une ombre plus sin­gu­lière, dan­sant dans une caverne où les chauves-sou­ris ont autant d’i­ma­gi­na­tion que Sal­va­tor Dali.

Il faut bien dor­mir pour pou­voir se réveiller. Il faut bien faire silence pour retrou­ver la parole. Je me sou­haite bonne nuit, je vous sou­haite bonne jour­née, et vice ver­sa, que vos heures soient consciem­ment rêvées, qu’elles puissent vous appor­ter le sou­rire qui éter­ni­se­ra tant vos nuits que vos journées. 

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