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Avant le sommeil

Modifié le : 2016/09/18

Ma parole est automne, hiver. Votre regard est prin­temps, votre tou­cher, été. Il y a davan­tage à don­ner par l’œil que l’écriture est capable d’offrir. Les gens autour de moi sans cesse, aux pos­tures d’anges, de grosses vierges Maries, de tran­quilles Sébastiens.

J’ai l’impression que l’histoire se rejoue à chaque ouver­ture des portes du métro. Nous connais­sons si peu nos gestes, nous ne nous ren­dons à peine compte que nous sommes à la fois lumière et horreur.

J’ai tant d’impressions à regar­der que j’en deviens qua­si cas­tré de véné­ra­tion, sub­mer­gé, anéan­ti, sans force, mor­tel­le­ment petit.

La vie n’a de cesse d’étaler sa jeu­nesse, sa même jeu­nesse, à peine dif­fé­rente de ce que je fus, ce que vous aurez été. Le pas­sé ne se fatigue pas à se renou­ve­ler, le futur ne se lasse pas de se répé­ter. Nous buvons notre temps, l’eau nous pisse des pores, nous ne sommes opaques que pour mieux nous dés­in­té­grer, trans­pa­rents, éva­nes­cents, sans raison.

À chaque fois qu’un corps s’approche du mien, à chaque fois le rêve s’espère un ave­nir, s’espoir une saveur. À chaque fois que mes lèvres veulent s’ouvrir, à chaque fois me retiennent âpre­ment les mains de mon expé­rience, résonnent vaillam­ment en chœur les Cas­sandres de mes souvenirs.

Ce texte est per­du, ses phrases forment des théo­lo­gies d’intellectuel. C’est ma manière de se dra­per de beau­té, de cacher ce corps vieillis­sant, ce cœur avi­de­ment naïf.

J’ai tant à chan­ter que les murs de mon inca­pa­ci­té à tout dire s’épaississent. Ma vie s’autisme.

C’est ain­si, sou­vent, que j’aborde la nuit.

Classé dans :métroregard

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