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Ce goût de l'immobilité

Modifié le : 2019/08/06

Sou­dain, la mai­son émet un cra­que­ment sec. J’ouvre aus­si­tôt les yeux. Moi qui ai déjà du mal à m’endormir, mes sens reprennent tout de suite leur guet. Au-dehors, telle une fumée vio­lente d’incendie, les nuages tra­versent l’horizon de la fenêtre. Je tente de me ren­dor­mir, mais le mal est fait.

La diges­tion ne va pas non plus. Elle par­ti­cipe à l’angoisse, une mau­vaise graisse autour de l’abdomen quand je semble man­ger trop. Ce n’est que le foie, j’imagine, qui prend son temps pour admi­nis­trer le gras de canard qui par­ti­ci­pa à la cuis­son des pommes de terre du der­nier repas. Comme nous for­mons un tout, les huiles souillées du moteur per­turbent vrai­sem­bla­ble­ment les fra­giles opé­ra­tions du cerveau.

C’était donc le désordre dans ma tête. Ce matin, le ciel a viré au bleu, l’air est froid. Les grands vents de la nuit n’étaient que la mani­fes­ta­tion du chan­ge­ment de tem­pé­ra­ture. J’ai encore beau­coup à faire aujourd’hui, me suis levé un peu tard, j’ai les jambes croi­sées, le dos bien sou­te­nu par des oreillers.

Ce goût de l’immobilité que nous éprou­vons, un sage de l’Asie en a fait son nir­va­na. Bien que mon appar­te­ment soit encore dans un beau désordre, j’arrime ma pen­sée à cette eau calme de ne rien faire et de rendre grâce. Chaque moment peut conte­nir une tem­pête, un cyclone. Chaque ins­tant pos­sède ain­si éga­le­ment un centre, un œil, une vision d’un calme sur­pre­nant. J’y puise le cou­rage de retour­ner au vent.

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