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Ceci est un soupir

Modifié le : 2019/08/04

Com­ment nomme-t-on ce sym­bole ? me demande Vincent.
 — Un silence ?

Il me sou­rit poliment.

— C’est un sou­pir, et il porte bien son nom. Ce n’est donc pas tout à fait un silence, en fait si, mais un silence avec une inten­tion. Tu comprends ?

Je réponds par l’affirmative, tout en me disant qu’il s’agit encore là d’une de ces expli­ca­tions qui ne veulent rien dire et qui disent pour­tant tout (il me lan­ça d’ailleurs une autre de ces phrases koan : la gorge qui chante bien ne chante pas). Puisque la musique se passe de mots, il faut l’exprimer par des sym­boles et celui-ci en est un.

Nour­ri par cette don­née, je rechante la ligne que je venais de faire en lais­sant pla­ner un peu le son sur le silence, afin de rejoindre la note sui­vante. Vincent est content. J’ai com­pris. Il ne faut pas se taire lorsqu’on ren­contre un silence, le com­po­si­teur n’a pas écrit ce sym­bole sim­ple­ment pour nous lais­ser res­pi­rer. D’ailleurs, il faut par­fois reprendre son souffle à des endroits où on aurait aimé bien plus d’espace entre les notes !

Mon troi­sième cours s’est dérou­lé très rapi­de­ment. Vincent a pris beau­coup de temps à ten­ter de sta­bi­li­ser mes graves. J’ai donc appris, du moins ai com­men­cé à apprendre, à reve­nir à une voix un peu plus de poi­trine lorsque je dois des­cendre vers les graves, com­prendre qu’il ne s’agit pas ici de chan­ter de la gorge, mais bien de faire vibrer l’assise de la voix. Les tech­niques pour arri­ver à com­prendre tel ou tel méca­nisme de la trans­mis­sion du chant peuvent par­fois paraître bar­bares, mais il s’agit essen­tiel­le­ment de cas­ser des moules, de fendre le roc ferme des habi­tudes. Par la suite, on le devine rapi­de­ment, les coups de cisailles se raf­finent ain­si que le résultat.

L’exercice consis­tait donc à chan­ter nor­ma­le­ment pour bas­cu­ler, au signal du pro­fes­seur, en un son plus gut­tu­ral. Par magie, en chan­tant ain­si comme un ani­mal, les graves s’ouvraient. Par la suite, en se sou­ve­nant de l’ouverture du larynx, il me fal­lait chan­ter tout le long sans emprun­ter cette voix rugueuse. En quelques ten­ta­tives, j’arrivais à des­cendre au-delà du la que j’écorchais aupa­ra­vant. Enfin, plus tard, en chan­tant la petite toune ita­lienne (que dis-je, l’air ita­lien !), Vincent me rap­pe­la l’exercice de la voix rauque, ce qui me per­mit de faire vibrer davan­tage les der­nières notes, sans que cela ne paraisse éteint.

Ne jamais, au grand jamais, aban­don­ner une note à elle-même. Demeu­rer tou­jours ten­du comme un arc, souple, et fort.

Apprendre à sou­pi­rer n’aura jamais été aus­si stimulant !

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