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C'est un fou

Modifié le : 2019/07/27

Je lève les yeux. Les grandes fenêtres de la sta­tion donnent sur l’étage supé­rieur et n’existent que pour nous ima­gi­ner un sem­blant de lumière, d’espace vers ciel. Le fou, lui, ges­ti­cule, mar­monne et quoi d’autre. Il appa­raît puis s’enfuit, se cale dans le coin, regarde par la fenêtre, ges­ti­cule davan­tage, enlève sa cas­quette pour aus­si­tôt la remettre. Ses gestes sont aus­si déme­su­rés et chao­tiques que ses pensées.

En des­sous, avec moi, les gens ordi­naires, nor­maux, bien mis et sur­tout rela­ti­ve­ment immo­biles. Ils rêvent autant que le fou, là-haut, mais la cloi­son de leur esprit est étanche, arti­cu­lée, sans fuite.

Il y a très peu de dif­fé­rence entre ces deux mondes. Qui plus est, si nous étions capables d’ouvrir le cou­vercle des mar­mites, il est fort à parier que nous y décou­vrions des mélanges plus ou moins culi­naires de nor­ma­li­té. Nous sommes tous fous, éga­rés, mais nous savons nous tenir sur les bords d’un quai sans nous jeter devant le train qui passe.

Voi­là, le train passe, ralen­tit, s’immobile, ouvre ses portes, délaisse sa car­gai­son, nous avale par la suite. Le fou n’ouvre aucune porte, toutes les fenêtres sont ouvertes. Il ne va nulle part, car il ne sait qu’il est à un endroit. Je ne sais sans doute pas davan­tage où je m’en vais, mais j’accepte volon­tiers de prendre le train et d’occuper mon temps à ouvrir et fer­mer des portes. 

Classé dans :founormalité

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