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Cette folie de croire

Modifié le : 2016/09/03

Musul­mans de fla­nelle, chré­tiens en sucre d’é­rable, bérets blancs, calottes contre un mur, une météo­rite, tan­tôt, vous écra­se­rait que vos cal­leuses eaux ne for­me­raient aucune lave, vos tubu­lures osseuses aucun char­bon, encore moins un diamant.

Vos harangues zélotes n’a­breuvent aucune terre, secs et sèches que vous êtes. Où se cache cette âme que vos buis­sons ardents vous ont pro­mise ? Vous l’ont-ils vrai­ment pro­mise ou ne l’a­vez-vous pas juste rêvée ?

Je ne com­prends pas ces cer­ti­tudes faites de car­ton, voire de gui­mauve. Je m’é­tonne de votre foi de ragots. Com­ment osez-vous croire ces cartes rou­tières réécrites par-des­sus d’an­ciens délires qui pro­met­taient tous le para­dis ? Vous vous accro­chez, fidèles, à quelque chose qui vous échappe, vous trans­cende, et parce que vous êtes igno­rants et igno­rantes, vous criez encore plus fort pour faire taire ce silence qui per­ce­rait pour­tant le plus opaque des tympans.

Quand vous car­bu­rez à l’a­mour de votre espèce, on vous par­donne vos coquet­te­ries régi­men­taires, mais lorsque vos seuls gestes sont de mélan­ger à vos terres le sang de vos voi­sins, quand vous vous mépre­nez sur la véri­table nature du sexe des femmes ou sur les élans can­dides du coeur, on n’a qu’une envie, celle de vous lier la parole der­rière le dos.

Il y a des com­bats, bien sûr, que la science expose tous les jours au grand jour. Il y a des souf­frances, des injus­tices qui ne paraissent exis­ter que pour jus­ti­fier une absurde réa­li­té. Les savants nous dévoilent les immenses bras de Shi­va-Nata­ra­ja qui, depuis qu’une étin­celle de rai­son nous allume la cer­velle, nous sou­rit avec ses lèvres étales et son regard neutre d’une impla­cable violence.

Une comète, je vous dis, un trou noir, une bouilla­baisse de super­novæ, des catas­trophes à répé­ti­tion vous pendent au bout du nez et vous avez la pré­ten­tion d’af­fir­mer que vos dieux sont des puis­sances inal­té­rables, que votre para­dis, vos vierges célestes hantent vos logiques et que vous seuls pos­sé­dez la réponse, la clé, le jack­pot vers l’É­ter­nel. Vous croyez com­prendre l’In­fi­ni parce que des illu­mi­nés ou des fous se sont ouvert l’âme avant vous en se cre­vant les yeux. C’est certes impres­sion­nant, mais ce n’est que du sang.

Et lui, l’U­ni­vers, que pen­sez-vous vrai­ment qu’il fait de nous ? Pos­sède-t-il d’a­bord une parole ? Vous a‑t-il fran­che­ment admo­nes­té une seule fois ? Ne se contente-t-il pas de dépla­cer des atomes dans son incom­men­su­rable com­plexi­té ? Qu’a­vez-vous à vous pré­oc­cu­per de ce que je fais de mon cul alors que l’é­goïsme des Hommes viole depuis des lunes la Terre et les Océans ?

Vous n’é­cou­tez rien, vous psal­mo­diez, angois­sés, vous vous agi­tez, vous vous cour­bez de saintes dou­leurs, vous vous anes­thé­siez avec des pro­messes plus floues ou ludiques que les autres. Vous ne valez pas plus, pas moins que les athées, souf­frant d’ag­no­sie, qui ont le réflexe d’in­vo­quer le bon sens.

Je vous entends me trai­ter de Job, me sno­ber, pour­fendre mon inac­tion et mon manque de cou­rage, que mes injus­tices valent bien les vôtres. Je ne vous contre­di­rai pas. Je vous demande seule­ment de regar­der les champs de bataille de l’His­toire et du pré­sent, d’en­tendre et de consta­ter sur­tout que la bon­té humaine ne se vet de rien, qu’elle est nue comme des dési­rs, qu’elle est dans sa sereine patience la seule réponse digne d’être qua­li­fiée de divine.

Je ne vous demande rien d’autre que de vous aimer et de faire la paix. Le monde est une jungle, l’âpre théâtre d’un équi­libre dar­wi­nien et ce n’est que main dans la main, coeur contre coeur, allé­gresse pour allé­gresse que nous par­vien­drons au calme, au bon­heur, ce seul et puis­sant équilibre.

Ces­sez de vous battre pour un tis­su ou des bre­loques. Mon­trez aux poli­ti­ciens que votre ardeur à vivre ne tolè­re­ra aucun règle­ment. Mais encore faut-il que vous bais­siez vous-mêmes les bras, les armes. Vous n’êtes plus des enfants. Ayez la can­deur du regard adulte et dan­sant ! L’in­no­cence ne se vit qu’en toute connais­sance de cause, se passe de naï­ve­té et de pué­riles rêve­ries. Tour­nez-vous vers le che­min par­cou­ru, cette route d’es­sais et d’er­reurs. Dan­sez ! Sur­tout lorsque vous pleu­rez. Votre corps en connaît bien plus sur l’exis­tence que vos livres décla­rés saints par on ne se rap­pelle plus qui. L’é­vo­lu­tion sur Terre vous a mode­lés comme vous êtes, intel­li­gents, auda­cieux, anxieux, pré­ten­tieux, créa­teurs et nobles.

N’ayez pas la crainte de Dieu, lais­sez-le donc à son mutisme évan­gé­lique. Moquez-vous des mina­rets, rasez les clo­chers, abat­tez les murs, ces­sez ces lamen­ta­tions, faites table rase de votre enfance. Sou­ve­nez-vous bien sûr, n’ou­bliez pas cette longue route tan­tôt sale, tan­tôt propre comme une chi­mère, mais ne vous arrê­tez pas de marcher.

Un météore ? Il vien­dra bien un jour. Comme pour la paix, lors­qu’elle arri­ve­ra sur Terre, nous serons, mes frères, assu­ré­ment morts. Mais ne voyez-vous pas l’a­mour qui me lie déjà à vous ?

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