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Chanter. Entre le chêne et le roseau.

Modifié le : 2019/08/03

Chan­ter, c’est aus­si dan­ser inté­rieu­re­ment avec son corps, à tout le moins, pro­je­ter la cage tho­ra­cique vers une invi­sible inten­tion. J’ai ten­dance à lever les bras, ce qui pour­rait pas­ser pour une inutile gran­di­lo­quence. Or, sous la douche ce matin, j’ai com­pris, je crois, la rai­son. Lorsque le dia­phragme, muscle silen­cieux et incon­trô­lable, par­ti­cipe cor­rec­te­ment au chant, il sou­lève le tho­rax non pas juste par-devant, mais sur­tout à par­tir du coc­cyx en tra­ver­sant, le long des côtes sous les bras, puis les zones laté­rales des omo­plates. Il en résulte un sou­lè­ve­ment natu­rel des bras, comme si les bal­lasts étaient sou­dai­ne­ment trop pleins. L’air est là, sans que le ventre n’intervienne (on demande sou­vent aux cho­ristes de gon­fler le bas du ventre, grande erreur, car cela a ten­dance à faire cour­ber l’échine). Res­pi­rez en fer­mant la bouche (par le nez donc), vous comprendrez.

Il faut, je crois, davan­tage pen­ser notre corps comme un arc. La colonne ver­té­brale est la corde qui se tend et la zone où pla­cer la flèche, le chant, se situe au niveau du ster­num, mais à l’arrière. Ce fai­sant, un espace est fait, telle une che­mi­née vol­ca­nique. Les cordes vocales ne sont pas l’appui, l’air n’y fait que pas­ser. La lave, le souffle, réchauffe ensuite le palais où tout vibre, se meut, aug­men­té comme si on se trou­vait sous la voute d’une cathé­drale ou d’une grotte.

Il ne faut pas pen­ser que cette ten­sion de l’arc doit être rigide. Chan­ter ne relève pas de l’arbalète, mais plu­tôt de la grâce d’une harpe. Le tra­vail repose donc sur une contra­dic­tion. Il faut être ten­du pour chan­ter, mais il ne faut pas se dur­cir. Il faut maî­tri­ser son corps pour arri­ver à le faire vibrer.

Il faut savoir dan­ser sans se mou­voir, dan­ser sans se dés­équi­li­brer, contrô­ler pour libé­rer. Assez fort pour s’élever, assez souple pour ne pas cas­ser. Entre le chêne et le roseau. Il faut savoir labou­rer, semer pour jouir ensuite du prin­temps retrouvé.

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