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Chanter la chlorophylle

Modifié le : 2019/07/10

Je suis fait davan­tage de silence que d’éclats. J’ai conté si peu l’hiver, pas du tout le prin­temps qui s’achève. Mes jour­nées n’en furent pas moins bruyantes, enri­chis­santes, angois­santes, nua­geuses et bien­heu­reuses. La vie ordi­naire d’un homme qui res­sent la fatigue du devoir qua­si accompli.

Je ne suis pas le même homme qu’il y a trente ans, pas la même eau, très peu le même lit de rivière. Mon corps aura absor­bé, fusion­né puis reje­té des mil­liards d’atomes. Mes pen­sées auront aimé, gobé, oublié des filets entiers de pois­sons ailés, car­ni­vores. Je serai tou­jours cet arbre qui, patiem­ment, vole la lumière pour mieux vivre et se droguer.

L’histoire d’un homme res­semble davan­tage à une inter­ro­ga­tion qu’à une bible, plu­tôt une pous­sière qu’à une illu­mi­na­tion de pro­phète. Et moi de pous­ser encore plus loin l’encre élec­tron, le silence atter­ré et béat devant l’existence.

L’été arrive, enfin le soleil sur nos têtes, enfin la beau­té de ces verts prin­ta­niers, et mal­gré les inon­da­tions, les tchét­chènes et les trom­pe­ries, ne vaut-il pas mieux vivre son bon­heur que de pei­ner sous l’incompréhension ? Les mas­sacres et les déli­vrances font par­tie de cet uni­vers. Je ne sau­rai jamais à quel des­sein me vouer à ouvrir ain­si d’émoi la bouche. Je suis comme les autres le pro­duit des sai­sons. C’est avec calme, tris­tesse et res­pect que je me sou­mets au cycle.

C’est ain­si que les poètes se taisent pour mieux chan­ter la chlo­ro­phylle des enivrantes dimen­sions du grand temps et de l’espace.

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