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Chanter la lumière

Modifié le : 2019/08/06

La jour­née, recou­verte de sa gri­saille mati­nale, se para de belle cou­leurs, tôt. Le ciel devint bleu comme le prin­temps. En soi­rée, reprise des répé­ti­tions de Gany­mède, avec notam­ment l’apprentissage de Beau Soir de Claude Debus­sy, et de Les Pins de Paul Pier­né, mélo­dies suaves, empreintes de ces vapeurs enco­dées déli­ca­te­ment, qui ne pré­sa­geaient nul­le­ment des hor­reurs des guerres à venir. Les textes de cette époque pos­sèdent cet air vieillot et pour­tant réso­lu­ment écla­té où lorsque au soleil cou­chant les rivières sont roses et qu’on conseil d’être heu­reux semble sor­tir des choses, ou encore Gloire à la Lune d’or aux splen­deurs ves­pé­rales et Quand l’aube ver­meille, du haut des gla­ciers, sou­dain illu­mine les troncs régu­liers.

Quelques cho­ristes s’amusaient des phrases pom­peuses, cer­tains autres, anglo­phones, se grat­taient la tête pour ten­ter de com­prendre le sens des mots “diaprent”, “fron­dai­sons” (les Qué­bé­cois eux aus­si se mas­saient le chignon).

Il n’empêche que cette poé­sie, qui ten­tait l’impossible pour décou­vrir des contrées nou­velles, s’est vola­ti­li­sée. Aujourd’hui, il faut voguer encore plus haut, entre les connais­sances quan­tiques, ou plus bas, par­mi les inté­grismes reli­gieux, comme si la poé­sie doit doré­na­vant se lire et s’inventer en silence, ailleurs, chez des esprits atta­qués de mathé­ma­tiques vertiges.

Ce monde dans lequel je vis est éton­nant ; ses lumières seront cer­tai­ne­ment recon­nues, tôt ou tard, mais il faut admettre qu’il est dur de convaincre en rêvant. Nos voix ne chantent plus la lumière visible. On s’émerveille dans le 3D au risque de voir s’oublier ce conseil de goû­ter le charme d’être au monde, cepen­dant qu’on est jeune et que le soir est beau, car nous nous en allons, comme s’en va cette onde. Elle à la mer, nous au tom­beau (Beau soir, Debussy).

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