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Cinq minutes assis en silence

C’est une lutte de tous les ins­tants que de réa­li­ser que la vie apporte la mort en retour. La réa­li­té est impi­toyable comme un mys­tère. On s’y plie où on s’y casse tan­dis que les phi­lo­sophes se noient dans leur propre sang de mots, que les pro­phètes croient dur comme leurs os que ce qui est n’est pas ce qui devrait, que les artistes et les clowns endi­manchent leurs béquilles et que les autres, simples gens ou diplô­més de savoir-faire, s’émerveillent plus qu’à leur faim à la bonne sagesse de ce qui leur appa­raît nor­mal d’entreprendre.

Vivre prend du cou­rage. Il faut d’abord se men­tir, vivre avec ce crime. Il faut ensuite s’en faire une chan­son, un art. C’est la condi­tion non pas seule­ment humaine, mais de tout être qui paraît se mou­voir. Heu­reuses les choses qui s’érodent plus len­te­ment que nous ?

Est-ce vrai­ment une gloire que de se savoir mor­tel ? Est-ce vrai­ment noble de faire comme si rien n’arrivait ? À quoi bon si on ne com­prend rien ? Sur­tout à quoi bon per­sis­ter à tuer son pro­chain ? Ne sommes-nous pas dans cette même barque jetée sur un océan d’ignorance ?

Par­fois je me dis que nous sommes de bien mau­vais acteurs à pré­tendre connaître le suc­cès alors que, devant nous, la salle est éter­nel­le­ment vide. Je me dis aus­si qu’il est pré­ten­tieux de se vou­loir com­pli­quer la vie alors que nous avons peine à la com­prendre. Où s’en va-t-on ?

Notre intui­tion serait la bonne ? Notre logique natu­rel­le­ment impa­rable ? Il y aurait autre chose au-delà ? Mais au-delà de quoi au juste ? De notre conscience ridi­cule dans son indi­vi­dua­li­té ou de cet uni­vers infi­ni à expli­quer et explorer ?

Cinq minutes assis en silence, à res­pi­rer, et les cer­ti­tudes s’effilochent devant moi. Une étrange paix émerge dans cette caverne bruis­sante de ma pen­sée, une paix qui ne me rend pas heu­reux, car le bon­heur est une déco­ra­tion, qui ne me rend pas mal­heu­reux, car le mal­heur n’est que l’ombre d’une lumière, une paix ver­ti­gi­neuse que je suis inca­pable de cer­ner. Cela semble très bien ain­si. Mais pourquoi ?

Je n’arrive pas à conclure que ça ne sert à rien. Je suis éton­né. Voi­là. Encore sai­si d’émerveillement et de crainte. Qui suis-je ?

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