altPicture476498626

58

L’hiver est d’un aléa­toire. Hier, au sor­tir du bureau, l’air sen­tait le prin­temps, voi­lé comme une pré­cieuse dans un châle de brouillard. Je fus atti­ré par le contraste dou­ce­reux du parc Jar­ry. J’ai obser­vé pen­dant un temps de jeunes amou­reux qui déran­geaient la quié­tude toute rela­tive de l’endroit. Le bou­le­vard Saint-Laurent n’était en effet pas plus calme que d’habitude, mais les arbres, eux, oh, sem­blaient s’abreuvoir à l’humidité prometteuse.

Ma jour­née avait été fort occu­pée, je pour­rais pré­tendre que je ne l’ai pas vue pas­ser. Ce serait men­tir. Mes jours, je les vois com­men­cer, finir et entre une tâche et l’autre, je m’observe res­pi­rer, m’appesantir, pen­ser. Je rêve, il me semble, beau­coup, je me lève sou­vent durant la nuit pour uri­ner, ou prendre un verre d’eau, vivant par pro­cu­ra­tion une manière d’angoisse ou de je ne sais quel brouillard.

Ce jour-là, à l’orée de mon cin­quante-hui­tième anni­ver­saire, je me suis impré­gné du calme Van Gogh d’une flaque d’eau. Ce sont des moments pré­cieux, presque intangibles.

Aujourd’hui, j’ai eu droit à des gen­tillesses, tant au bureau que de la part de mes amis proches et loin­tains. En bré­si­lien, et je crois dans d’autres langues, on dit féli­ci­ta­tions, comme si vieillir rele­vait de l’exploit. Je ne pense pas avoir plus de cou­rage que d’habitude. Vivre, ça se fait bien tout seul.

Ce fut tout de même une jour­née ordi­naire, comme il se doit. Le vent s’était levé durant la nuit. Ce matin, l’hiver avait repris ses droits, pou­dreux et enso­leillé. Rien de neuf, donc, sur la terre ronde. Le brouillard d’hier me hante. Je suis immo­bile et assoif­fé de cou­leurs et de sensations.

Je vieillis, je deviens fru­gal. Cela me suf­fit. Nou­veau bonheur.

altPicture1516689639

#494b48
#7e9091