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Coda et sacerdoce

Modifié le : 2019/07/27

Le sort en est jeté, comme aurait dit l’autre. Le manus­crit final est entre les mains de VLB, le tout envoyé ven­dre­di matin, par cour­riel. J’ai cher­ché les bonnes phrases, le bon ton pour décrire ce que j’avais fait, ras­su­ré l’éditrice que je n’avais pas bous­cu­lé le texte, mais seule­ment pas­sé l’émeri… lui expli­quer que cette démarche avait été entre­prise avec l’aide de Périg avant que je reçoive leur accord, qu’à par­tir de main­te­nant, je n’interviendrais sur le texte qu’à leur seule demande, etc.

J’ai envoyé.

J’ai espé­ré un accu­sé de récep­tion qui n’est pas arri­vé. Pour un peu, je me remet­trais à angois­ser. C’est dire le mal que l’Internet a fait au temps, deve­nu quan­ti­ment abstrait.

L’éditrice n’était peut-être tout sim­ple­ment pas là, hier, fut débor­dée, avait des réunions, je ne sais. Et peu importe. Je me redis que le texte ne sera publié que dans un an, qu’il y a tant de choses qui pour­raient sur­ve­nir, en com­men­çant par le plus ter­rible ou le plus ano­din. Où serai-je dans un an, que seront mes pensées ?

Quoi qu’il en soit, j’ai été heu­reux de relire Les Mailles san­guines. Le texte plai­ra, je crois. Il raconte une his­toire qui n’en est plus une à la fin, aura tâté de l’universel, par­lé abon­dam­ment d’amour et de colère. Ce roman res­semble à l’Effet Casi­mir sur plu­sieurs points, s’en démarque cepen­dant en ce qui a trait à l’exploration des per­son­nages, le res­semble, par exemple, sur les tra­hi­sons amou­reuses, les pas­sions, la sexua­li­té, s’en démarque parce que, dans Les Mailles san­guines, les scènes sont plus directes. Plu­sieurs voix dans le texte alors que celle de l’Effet Casi­mir n’était que celle de Marthe.

Quelques « caméos » tou­te­fois qui font le lien avec les deux romans pré­cé­dents. Le notaire, c’est encore le beau Vic­tor des Années-rebours, son aco­lyte tou­jours cet amant qui aura pro­vo­qué la sépa­ra­tion d’avec Rémi. Marthe est nom­mée une fois. La Héloïse des Mailles san­guines fut l’une de ses patientes. Rose est un peu Lucienne, mais en moins bouf­fon, plus humaine, je dirais, per­son­nage ins­pi­ré par une de mes tantes.

Mais sur­tout, l’univers est un peu le même. La ville de Mont­réal flan­quée au nord du Qué­bec, là où le fleuve est plus large, là où Mont­réal aurait dû être pour être vrai­ment enra­ci­née dans le Québec.

D’ailleurs, on m’a dit, chez VLB, que ce roman était bien ancré dans le contexte qué­bé­cois. Là s’arrête la res­sem­blance. Serj, le per­son­nage prin­ci­pal s’est exi­lé à Van­cou­ver (qui n’est pas nom­mée), et les autres enfants habitent des villes imaginaires.

Tout est, en fin de compte, ima­gi­né. C’est ma façon de vou­loir atteindre, aspi­rer, aux grands thèmes. Et je suis en quête doré­na­vant d’une autre his­toire. Je pour­rais par­ler de ma vie amou­reuse puisque l’amour semble être le thème de mon écri­ture. Mais com­ment en par­ler sans avoir à nom­mer, sans pas­ser pour un voleur d’existences, sans bles­ser, sans aduler ?

J’ai de la matière plein les mains. Ma cho­rale et ses mul­tiples hommes dont je connais si peu la vie, mon cours de chant et son pro­fes­seur, mes amis du rez-de-chaus­sée, les cen­taines de gars que j’ai abor­dés sur Inter­net, ceux qui sont venus se faire pho­to­gra­phier chez moi, ceux que j’ai ren­con­trés autour d’un café ou d’un bai­ser, et puis les mil­liers de regards que j’ai croi­sés dans la rue, dans le métro. Partout.

Je ne veux pas être un fonc­tion­naire du quo­ti­dien, je ne veux pas m’enfermer dans des rituels horaires, spi­ri­tuels et socio­lo­giques. Je veux conti­nuer à être ins­pi­ré. Je veux chan­ter ce sacer­doce qu’est ma vie.

Sur­tout que rien ne s’arrête.

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