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Conquérir le mur

En nous, exis­te­rait un monde aus­si vaste que l’univers. Iro­ni­que­ment, mal­gré les pou­voirs de l’esprit, nous sem­blons ne le par­cou­rir qu’à pieds. Tout juste dans les rêves arri­vons-nous à trans­cen­der les régions qui nous habitent, peu­plées de monstres et de pos­si­bi­li­tés. Durant ces courtes esca­pades, la peau des amants goûte le miel et les angoisses nous poussent à l’aventure.

Au quo­ti­dien, le pas est un peu plus frêle, l’envie est fru­gale. Le par­cours est feu­tré par de bonnes inten­tions. Nous ne sommes pas aveugles, mais notre course n’en est pas moins gui­dée par des œillères. Che­vaux, nous aime­rions être, les quatre sabots mor­dant à vive allure le sol.

Dans ce monde, en ce nous qui nous échappe, les fron­tières n’existeraient pas. Il suf­fit de s’ouvrir aux rêves, de les écou­ter quand ils bouillonnent, à la sur­face de la conscience, pour aper­ce­voir toutes ces épaves échouées durant l’enfance sur le semble maintes fois léché de nos envies. Il suf­fit de se pen­cher et de sai­sir ces coquillages qui, por­tés à l’oreille, nous ren­ver­ront l’échos de ce que nous sommes.

Dans ce monde inac­ces­sible au jour, j’ai visi­té les corps des oiseaux, des vipères, des hommes et des femmes. J’ai goû­té aux lèvres de la vie, ten­té de m’y fondre à coups d’orgasmes. J’ai chan­té comme une amibe par­mi les abîmes et je crois que j’y chante, j’y chan­te­rai tou­jours si j’arrive à contour­ner les murs qui m’empêchent de voir l’horizon, les mondes, le mystère.

Vieillir ne consiste pas à aban­don­ner l’esprit de sa jeu­nesse, mais d’entourer ses pen­sées de clô­tures que l’on veut solides, bien gar­nies de plantes et de fruits. C’est une étrange volon­té puisque la nour­ri­ture semble plus abon­dante de l’autre côté de la bar­rière, là où les racines peuvent s’abreuver à ce que nous ne connais­sons pas.

Bien vivre sa vie consis­te­rait à ne rien s’interdire du fer­tile, à plon­ger son sexe dans la cha­leur uté­rine de son âme, d’être aus­si ce pla­cen­ta accueillant, cette caverne de tous les instants.

Il ne faut donc plus rien regret­ter, ne plus se fier aux ombres de nos échecs. Il faut tou­jours se rele­ver, mar­cher pieds nus au-delà de notre pas­sé. L’herbe est tou­jours plus belle de l’autre côté du temps révo­lu, fraîche et nour­ris­sante. Quand le moment reste pré­sent sur la peau de tam­bour vibrant sous nos doigts, les pou­mons rient, le son est clair comme l’enfance.

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