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Covid, le chat

Il s’est montré chez les voisins le bout du museau fin mars 2020. La province venait de passer en mode confinement. Il y avait des rumeurs que les chats propageaient la COVID-19, une autre de ces histoires qui, comme le papier de toilette, a occupé un temps les esprits. C’est un beau chat noir, aux lignes quasi parfaites. Il m’a fait aussitôt penser au chat de Toulouse Lautrec sur l’affiche.

Ce n’est pas le premier chat errant qui désire prendre logis chez les voisins. Déjà qu’ils en ont accueilli deux un an plus tôt quand la petite femelle Aria est venue présenter sa progéniture à Laurent et Yves. Juste avant, une chatte troublée, elle aussi noire, nous avait causé bien du souci, s’enfermant dans le comble ou se réfugiant dans des endroits pas possibles. Quoique très craintive, mes voisins avaient tout de même réussi à l’apprivoiser un temps jusqu’à ce qu’elle ait ses premières chaleurs. On ne l’a plus revue, mais le mal était fait. Les voisins avaient été tous les deux frappés par la piqûre du chat, maladie dont l’humanité ne s’est pas encore remise.

Il y a eu également Arthur, le beau chat tigré, qui aura passé un hiver complet dans une cabane chauffée expressément achetée pour lui. Là encore, Arthur avait fini par faire son petit tour dans la maison, se faisant une place diplomatique parmi les trois autres chats que mes voisins possèdent.

N’oublions pas les chatons abandonnés par Aria à la suite de la mort du voisin. Ceux-là auraient pu rester chez moi. Je suis content d’avoir résisté.

Voilà donc le beau chat noir, visiblement bien traité, donc provenant d’une maison qui l’aura bien nourri. Il n’a jamais semblé désespéré. Nous avons pensé qu’il n’était que de passage, mais il est revenu les jours subséquents. Aucunement agressif, il se laissait déjà prendre. Les trois autres chats l’ont ignoré, comme il se doit, dans un premier temps, puis ils ont probablement soulevé leurs épaules de chat. Ils en avaient vu d’autres, surtout Minette, la plus vieille, forte, c’est le cas de le dire, de sa grande robe angora.

Les chats ont des noms, mais personne ne les appelle vraiment correctement. Je ne me souviens même pas du vrai nom de Minette. Je crois que c’est Clito. L’un l’appelle Princesse, je l’ai longtemps appelée La Grosse. Quant à la Blanche, eh bien, c’est peut-être son seul nom après tout. Et l’agile Petit Gris qui veut tellement sortir et partir pour une aventure de cinq, dix minutes.

Enfin voilà Virus, le nouvel arrivé. Je l’appelle plutôt Covid et Laurent l’a baptisé Placide tant il est calme. Bref, PCV, Placide Covid Virus.

Le chat demeure officiellement errant. Il gravite autour de la maison, dort dans la maison, réveille Yves à 4h30 du matin car il a faim, s’étend sur le lit du couple. Il est chez lui.

Souvent, le matin ou durant la journée, il vient miauler à ma fenêtre, et pas discrètement non plus. C’est urgent, semble-t-il dire, il veut entrer. Après cinq minutes insistantes, je me décide à sortir et descendre l’escalier arrière. Covid ne se laisse pas prier, en profite souvent pour me tourner dans les pattes, histoire de me transmettre tout son amour de parasite. J’ouvre la porte des voisins qui se sont mis à travailler à l’avant de la maison, chacun dans leur bureau.

Parfois, l’un d’eux m’envoie par iMessage un « Merci ».

Qu’arrivera-t-il de Covid cet hiver ? Il ne voudrait probablement plus sortir. Il n’est pas gras et il ne possède pas la fourrure de Minette. Mais peut-être fera-t-il comme Arthur ou les autres. Il ira vivre son destin, se soumettant aveuglément aux lois de Darwin. On peut s’attendre à tout avec les virus.

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