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De l'acné et autres douleurs de l'âme

Modifié le : 2016/09/18

Encore une autre sai­son. Déjà une moi­tié d’année accu­mu­lée der­rière la cra­vate. Le prin­temps nous a fina­le­ment livré l’été et les choses vont ron­de­ment pour moi. Inten­sé­ment aus­si. Ai dans le cœur des émo­tions contra­dic­toires comme si le bon­heur décou­lait d’une suite de réflexions et d’actes inter­chan­geables. Ai ren­con­tré dans la rue mon édi­trice. Elle me confirme que le roman sor­ti­ra cet automne, mais qu’elle est en retard. Elle était accom­pa­gnée de ma future atta­chée de presse, me fit part des réac­tions élo­gieuses d’une sta­giaire qui aurait beau­coup aimé ce que j’avais écrit. Tout va donc pour le mieux de ce côté. Que c’est long, tout de même… Déjà l’été et pas une épreuve de pre­mière sous la main. En plus, ce sera le temps chao­tique des vacances. Aura-t-on le temps de mettre sous presse pour l’automne ?

Il me faut chas­ser rapi­de­ment ces ques­tions, les livrer en pâture à l’oubli.

Du côté bou­lot, tout va aus­si ron­de­ment. Moi qui dou­tais de mes capa­ci­tés, j’ai obte­nu une belle recon­nais­sance de la part de l’employeur, qui s’est tra­duite par une géné­reuse aug­men­ta­tion de salaire. Oh ! Je ne serai pas encore riche, les nuages finan­ciers planent tou­jours au-des­sus de l’horizon. Mais tout de même, un souffle nou­veau se confirme. Cette année sera belle…

J’ai hâte que l’automne arrive, vis l’été silen­cieu­se­ment, les doigts pia­notent d’impatience. 

Du côté coeur, eh bien, c’est com­pli­qué, c’est beau, pro­fond, et tota­le­ment inavouable ou, à tout le moins, dif­fi­ci­le­ment rai­son­nable. Que j’explique ? Et si j’en fai­sais un beau roman ? Mon chair ami en serait le titre. Cer­tains connaissent déjà cette his­toire, d’autres en vivent pro­ba­ble­ment de simi­laires, de ces amours qui n’entrent pas dans les normes, de ce poi­son enivrant d’être pri­son­nier, voué à la chair et l’âme d’un autre. J’emploie de grands mots pour par­ler d’un banal tri­angle amou­reux qui dure depuis six ans, une his­toire que je ne raconte pas beau­coup, car on dit, dira que j’ai tort, une his­toire qui, par­fois, m’étouffe, je m’en confesse, car je suis, au final, un homme libre. La fin des Mailles san­guines en est l’ultime expli­ca­tion. Cet amour que je ne veux pas encore racon­ter me res­semble, est à la fois la démons­tra­tion que je ne suis pas fait pour la vie ordi­naire et, tout à la fois, fait pour fusion­ner dans le ter­reau ordi­naire de l’amour. C’est bour­geois. Fran­çoise Sagan et moi, un peu le même combat.

J’ai ten­té, il y a quelques semaines, de vivre autre chose. Je me suis vite ren­du compte que, non, je n’étais pas prêt à tout recom­men­cer de ce côté. Il n’est pas facile d’aimer, si facile de bai­ser. On n’abandonne pas un être que l’on aime sous pré­texte que d’autres pour­raient vous aimer, et de manière plus ouverte. On doit vivre ce que l’on veut vivre, éta­blir la part des choses et se moquer du reste. 

Je lance ici des phrases, mais j’admets volon­tiers que tout est confus sans que j’aie le désir, pour le moment, de cla­ri­fier les choses.

Je le redis, j’ai entre­pris un grand virage l’automne der­nier. Il s’agit d’un mou­ve­ment tec­to­nique lent, incons­ciem­ment mesu­ré. Dans un an ou deux, le grand Nep­tune devien­dra dans mon ciel une force majeure. C’est flou, Nep­tune, spi­ri­tuel­le­ment gran­diose ou alcoo­li­que­ment dan­ge­reux. C’est dire toute ma volon­té de com­mu­nier avec la vie…

Ah ! ah ! Il faut bien en rire ! Com­mu­nier ! La vie ! J’ai pour­tant tant de mal à res­ter tan­gible et incar­né. Je passe, ces semaines-ci, mes week-ends à res­ter a u lit, à jouer au Scrabble, à m’inventer des his­toires en Espagne, à mal dor­mir aus­si. La nuit demeure encore un mau­vais rêve. 

M’enfin. Il fait chaud aujourd’hui. Il est 16 h 50. Suis allé voir l’exposition Faber­gé accom­pa­gné de ce chair ami, me suis ache­té par la suite des pan­ta­lons courts. Chez Simons, nous n’étions pas le seul petit couple mas­cu­lin à maga­si­ner… Lors de notre retour, un bel Anda­lou nous a deman­dé son che­min. Je l’aurais bien sui­vi. Ensuite, j’ai dor­mi, demeu­ré nu dans mon lit, puis joué à Machi­na­rium, me suis bot­té le der­rière pour écrire ce billet, je dois répé­ter aus­si mon chant, ah ! mon chant ! Une autre belle aventure…

Curieux tout de même cette richesse en moi et aus­si cette dou­ceur aigre de l’inquiétude. Fas­ci­nante éner­gie infa­ti­gable de ma cer­velle qui ne cesse de me cau­ser des brû­le­ments d’estomac, de l’acné, du pso­ria­sis et même des hémor­roïdes. C’est bien moi ici, le sublime et le terre-à-terre. Je rêve d’insondable et j’ai quand même mal au cul.

Allons sous la douche, gar­dons un peu silence, écou­tons la vie, ou son absence, ten­dons l’oreille vers ce bruit de fond qui n’est autre que l’Absurde de tout cela.

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