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De l'œuf et du cheval

Modifié le : 2019/07/26

Un ami me fai­sait remar­quer der­niè­re­ment que je n’écrivais pas beau­coup et s’empressait de me deman­der si je n’étais pas en panne d’inspiration.

Même si cette ques­tion sous-tend que cet ami appré­cie ce que j’écris et qu’il lui tarde d’en lire davan­tage, elle dénote sur­tout la soif que nous avons tous de nous abreu­ver, de nous satis­faire à je ne sais quel conten­te­ment et, sou­vent, à la fon­taine d’un autre.

Il est vrai que je n’écris pas beau­coup. Les rai­sons sont nom­breuses. Le tra­vail sans cesse, les acti­vi­tés cho­rales, les gens, l’âge, la néces­si­té de s’épargner d’inutiles gestes. On me dira que je vieillis. Les vieux se retrou­ve­ront dans ce que j’écris. Il y a bien sûr du vrai. Les jours paraissent moins nom­breux à l’horizon.

Je pour­rais évo­quer tout ça et davan­tage, mais il ne s’agit que d’éléments exté­rieurs, de pro­jec­tions, d’objectivations qui maté­ria­lisent cette éma­na­tion qui me sert d’âme. Bref, je cogite, j’écoute ma pen­sée, je tente de savoir où j’en suis. Je res­sens mon corps, je tente d’analyser ce que je ne suis plus.

Encore avant hier, j’écoutais avec mes amis du rez-de-chaus­sée, et en rafales, les der­niers épi­sodes de l’insipide série True Blood. Les images devant moi avaient beau me dis­traire, le texte par­fois m’amuser, les corps sou­vent titiller mon désir, il n’en demeure pas moins que je m’y suis ennuyé pro­fon­dé­ment. C’est une série comme il s’en fait beau­coup depuis des années : un scé­na­rio conve­nu, des sen­ti­ments explo­rés dans la pure tra­di­tion du Bien et du Mal avec cette sup­po­sée ori­gi­na­li­té de mélan­ger autant les bonnes actions que les mau­vaises. Des méchants deviennent bons, des bons glissent dans la per­ver­si­té. On nage en plein mélange des genres sans pour autant renou­ve­ler quoi que ce soit. C’est le propre de la décadence.

J’ai grande soif de nou­veau­té, certes et comme, en ce moment, je lis sur la pen­sée de Neitzsche, et que je viens de ter­mi­ner la lec­ture du Jeu des perles de verre, de Her­mann Hesse, j’entends l’appel des grands voyages ima­gi­naires, je res­sens cette envie de deve­nir un sur­homme, de me dépasser.

Je ne veux pas répé­ter une his­toire du Bien et du Mal. Je ne veux pas mélan­ger le Rouge et le Noir. Je veux une his­toire aus­si grise qu’enflammée, qui parle de nos exis­tences quan­tiques. Mais pour cela, il faut un peu de temps, et aus­si de l’action. Je réflé­chis, je tâte les possibles.

Voi­là. Je ne manque pas d’imagination. Je me suis assis des­sus afin de pondre soit un œuf, soit un cheval.

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