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Demander à Germaine

Modifié le : 2019/08/04

Pour­quoi ne demande-tu pas à Germaine ?

— Par­don ?

Ma sœur Marie me sourit.

— Oui, demande à Germaine !

Cela me prend quelques ins­tants à com­prendre le sens de sa pro­po­si­tion. Nous dis­cu­tions de mon attente par rap­port aux Mailles san­guines. J’ex­pli­quais à ma sœur que je com­men­çais à faire le deuil d’une éven­tuelle publi­ca­tion par un éditeur.

— Moi, je lui parle sou­vent… renchérit-elle.

Je ne savais quoi lui répondre. Bien qu’il me soit arri­vé de deman­der à la Lune de m’ai­der (eh oui, la pleine lune, vous savez, quand elle est si belle au-des­sus de votre tête et sem­blant attendre que vous enta­miez la conver­sa­tion…), bien que je regarde d’un air pseu­do déta­ché les entre­lacs de ma carte du ciel, il ne m’est jamais venu à l’i­dée d’a­bor­der un saint, un dieu, ou… ma grand-mère, mes ancêtres.

Pour­tant, je sais la pra­tique très cou­rante. Je connais une gen­tille Mexi­caine qui, même à Mont­réal, érige des autels en res­pect pour les morts. Le culte de l’an­cêtre est très répan­du. Je com­prends très bien le réflexe, aus­si vieux que l’es­poir, qui consiste à se sou­mettre à son des­tin afin que le vent tourne en sa faveur.

Alors, pour­quoi ne deman­de­rais-je pas à Germaine ?

Je n’a­vais rien d’in­tel­li­gent à répondre à ma sœur, cer­tai­ne­ment pas quelque chose de scien­ti­fique en tout cas. J’au­rais pu rétor­quer que Ger­maine et moi n’é­tions pas les meilleurs copains du monde, que je ne l’ai pour ain­si dire que très peu fré­quen­tée. Je ne vou­drais donc pas abu­ser. Elle a sûre­ment à satis­faire des gens qui auront été plus gen­tils avec elle…

Et puis, je suis le pre­mier à l’af­fir­mer : aide-toi et le ciel (ou Ger­maine) t’aidera.

Mais voi­là, il me semble que j’ai tout fait en mon pos­sible pour m’ai­der, et que rien ne vient. Tiens, on pour­rait mettre ça sur la faute de Mer­cure qui est actuel­le­ment rétro­grade (pas le temps de bras­ser des affaires), au Salon du livre qui aura tenu occu­pés tous les éditeurs…

Non, ce n’est pas une idée de deman­der à Ger­maine. Fau­drait qu’elle com­mence par m’en­tendre, si elle en est capable (elle est morte, après tout). Et puis, je pour­rais aus­si deman­der à Antoi­nette, ou à Hec­tor (mes grands-parents mater­nels). Je ne pense même pas à Lucien (mon grand-père pater­nel) que je n’ai guère connu.

Il m’arrive par­fois de joindre mes mains, quand je me laisse ber­cer par l’eau de la douche. Je me sens alors près d’un invi­sible Gange. J’attends que daigne souf­fler sur moi l’haleine sucrée d’une espé­rance. Lan­cer une prière au ciel, jeter une bou­teille à la mer, s’at­tar­der sur un nuage à l’im­mo­bi­li­té sym­bo­lique, tout cela peut fonc­tion­ner, car on sait si peu de choses sur l’Inconnu.

Je me suis conten­té de sou­rire à Marie. Notre conver­sa­tion emprun­ta d’autres che­mins. Le sujet était clos.

Pour­tant, depuis deux jours, je pense à Ger­maine et à la sug­ges­tion de ma sœur.

Je n’ai rien à perdre… Mer­cure rede­vient direct bientôt…

On fait comment ?

Ger­maine ? T’es là ?

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