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Détail d'un dessin de 1748 décrivant l'éclipse lunaire survenue à cette époque au-dessus de Londres.

Directeur

On m’a don­né un titre la semaine pas­sée. Direc­teur Stra­té­gie et inté­gra­tion web. Le poste était dans l’air depuis envi­ron six mois ; les cir­cons­tances ont vou­lu que ça ne soit annon­cé qu’après moult consi­dé­ra­tions, un temps qui, je dois l’admettre, fut désta­bi­li­sant puisque j’avais grand besoin de cer­ti­tude après une année per­son­nelle brumeuse.

Le regard des autres s’est illu­mi­né quand on annon­ça la pro­mo­tion. C’est par le regard des autres que se bâtit sa cré­di­bi­li­té. On m’a dit que « je le méri­tais », qu’« on n’était pas sur­pris », que « c’était dans l’ordre des choses », on orga­ni­sa un petit cock­tail impromp­tu et le len­de­main, j’ai chan­gé ma signa­ture de cour­riel, l’ai annon­cé sur Lin­ke­dIn, non pas pour faire le paon, mais pour m’approprier ce titre, car ce n’est pas si natu­rel que ça, pour moi, l’éternel inquiet.

J’aurai soixante ans dans un an. Cette pro­mo­tion sur­vient après que Saturne eut tour­né deux fois autour du Soleil. C’est le grand retour satur­nien des astro­logues. Tout le monde ne devient évi­dem­ment pas direc­teur à plus ou moins cet âge, mais cette période est simi­laire pour tous ceux et celles qui réus­sissent à l’atteindre.

Lorsque Saturne a dan­sé deux fois, vient le temps de secouer ce qui s’est accu­mu­lé sur ses épaules. On devient mûr. On récolte ou on ne récolte pas, on est seul à mettre les poids dans la balance. Peu importe l’opinion des autres, nous seuls pou­vons éta­blir cette comptabilité.

Chez les Romains, on célé­brait Saturne par de grandes fêtes (les satur­nales). On célé­brait l’ordre et la paix. Heu­reux donc celui ou celle qui, à la veille de ses soixante ans, jouit de sta­bi­li­té et du sen­ti­ment d’un pre­mier devoir accompli.

De mon côté, je sors d’une époque bru­meuse pen­dant laquelle je n’ai pas vrai­ment pla­ni­fié et durant laquelle j’ai failli perdre ma mai­son. Le virage s’est amor­cé à la fin de 2013 quand j’ai quit­té mon sta­tut de tra­vailleur auto­nome et pen­dant cinq ans, je fus en mode sur­vie. C’est der­rière moi, je pense, l’ordre est reve­nu et je récolte un peu de ce que j’aurais semé en étant sim­ple­ment moi.

Com­bien de temps cela dure­ra-t-il ? Ver­rai-je le troi­sième pas de danse de Saturne ? Rien n’est cer­tain, rien n’est com­men­cé. J’ai rou­vert mes livres d’astrologie, ceux que j’avais délais­sés depuis une ving­taine d’années. Cette grande méta­phore qu’est l’astrologie (et pas celle qui gal­vaude dans les chro­niques des quo­ti­diens) m’a confir­mé la route accomplie.

Main­te­nant, j’ai soif de struc­ture, d’ordre, de contem­pla­tion éga­le­ment. J’ai faim de silence, de par­ci­mo­nie. On dit que, bien sou­vent, ceux et celles qui se voient attri­buer des res­pon­sa­bi­li­tés déve­loppent rapi­de­ment l’angoisse de prou­ver quelque chose. Plu­sieurs démis­sionnent faute de dépas­ser leur sen­ti­ment d’être des impos­teurs. Tel n’est pas mon cas et mon but. Je ne res­sens sens pas cette pres­sion. L’imposture peut-être, mais pas tant que ça. Je vois cette pro­mo­tion ain­si ;: on m’a don­né ce poste pour que je puisse faire entendre ma voix et aider les gens autour de moi à s’articuler sur des méthodes et pra­tiques qui pro­fi­te­ront à la com­pa­gnie et à ceux et celles qui y œuvrent. Bref, pros­pé­rer, atteindre nos saturnales.

Saturne, c’est le temps. On l’illustre sou­vent muni de la Grande Faux. On peut glo­ser long­temps sur la sym­bo­lique. Ce texte est déjà trop long, pas très soixan­te­naire… Que vou­lez-vous, je ne fais pas mon âge…

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