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Douce pandémie

Je ne sors pra­ti­que­ment pas et je n’ai jamais été autant connec­té au monde exté­rieur par la voie de canaux vir­tuels. Je fais par­tie de ces pri­vi­lé­giés qui peuvent conti­nuer à tra­vailler pen­dant que la Chose, dehors, se nour­rit de ceux qui ont peine à se défendre. Cela demeure qua­si irréel pour moi, hypo­thé­tique. Je me suis pro­cu­ré une chaise, un cla­vier et une sou­ris ergo­no­miques et je reçois mon salaire aux deux semaines comme si le dan­ger pas­sait au-des­sus de ma tête.

Bien sûr, tout a chan­gé. Je dois faire l’épicerie, entou­ré de gens de plus en plus apeu­rés, dis­tants et dociles. Mais les tablettes des épi­ce­ries demeurent quand même pleines. Ama­zone se charge du reste. Mon meilleur ami, qui vit au rez-de-chaus­sée avec son mari, fait la plu­part des achats essen­tiels pour les deux étages. Nous visons pour ain­si dire en com­mu­nau­té, à tout le moins alimentaire.

La bouffe est bonne, le vin aus­si. Je fais vaillam­ment mes vingt minutes d’elliptique en écou­tant des mini­sé­ries bré­si­liennes pas tou­jours inté­res­santes. Cela m’aide à me faire à l’oreille de cette langue que, si la ten­dance se main­tient, je n’irai jamais exer­cer au Bré­sil. Je perds tran­quille­ment du ventre, mes abdos se raf­finent, je tra­vaille par­fois peut-être un peu trop, je m’endors rapi­de­ment, mon som­meil est sou­vent agi­té et j’ai recom­men­cé à res­sen­tir des brû­le­ments d’estomac. Peut-être aurais-je vécu cela sans la pan­dé­mie. Vieillir, c’est un peu ça, non ?

Nous vivons une nou­velle ère, disent cer­tains, et ce ne seront pas les astro­logues qui me contre­di­ront. On se fait d’ailleurs les gorges chaudes de ces der­niers. Le New York Times pré­dit la fin de l’astrologie juste parce que les astro­logues n’ont pu rien pré­dire. C’est tout d’abord faux, André Bar­beault, en 1992, l’a même écrit dans un livre…

Quels sont les plus ignares, je vous le demande ? Il y a des imbé­ciles par­tout, même chez les éru­dits et sur­tout chez les bien-pensants.

Je ne crois pas que l’humanité chan­ge­ra. Elle s’est remise de tant de guerres et de mala­dies. Elle s’éteindra un jour aus­si quoiqu’en dise le bon Dieu. L’espoir est que l’univers, lui, pour­sui­vra sa course. Après tout, on ne sait tel­le­ment rien de rien. Notre temps pré­sent n’est qu’une soupe chaude dans un chau­dron de possibles.

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