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Du sentiment

Modifié le : 2019/07/29

Je lisais ce matin une de ces maximes que se plaisent à dis­sé­mi­ner les dis­ciples de Face­book et qui enjoi­gnait cha­cun à expri­mer ses sen­ti­ments, car la chance de le faire pour­rait ne plus se pro­duire. C’est un fait, éco­no­mi­ser son eau ne nous pré­mu­ni­ra pas de la soif ; celle-ci est imprévisible.

Les romans dits modernes ne parlent sou­vent que de ça, de la déli­vrance des sen­ti­ments, de la recon­quête de ses châ­teaux et domaines, de l’épanouissement inté­rieur ou de tous les contraires. Les drames à résoudre dansent en rond autour de l’individu cas­tré, obnu­bi­lé depuis un siècle aux idéaux romantiques.

L’importance qu’on accorde au sen­ti­ment et à son expres­sion indi­vi­duelle est telle que les dis­cours poli­tiques, même ceux dont le thème gra­vite pour­tant aus­si haut que la stra­to­sphère de la nation, se doivent d’aborder cette liber­té uni­taire. Sans l’épanouissement de l’abeille, il ne pour­rait y avoir de ruche.

Soit. Le pro­blème ne vient pas tant de l’individu ou de la socié­té, mais de la faillite du dia­logue. Quand les hommes vivront d’amour, disait le poète, il n’y aura plus de misère.

Est-ce que l’espèce humaine en est à ce stade de dés­équi­libre qu’elle ne sache plus faire la part des choses ? Pour­quoi ses indi­vi­dus n’acceptent que sur le bout des lèvres de plier leurs humeurs à celles d’autrui ? Nous vivons trop en adulte, et ce, à un âge pré­coce, avant même de com­prendre ou de contrô­ler, bien sou­vent, nos jouis­sances. Nous ne par­ta­geons plus rien, ou si peu, ou mal, car per­sonne ne semble être en mesure de pro­po­ser une morale com­mune. Voi­là sans aucun doute la genèse des drames, voi­là pour­quoi on se com­plait à écrire ou à jouer des tra­gé­dies, voi­là pour­quoi on hurle de plus en plus fort. Nous deve­nons ces ton­neaux qui se vident et qui, du même coup, finissent par son­ner plus creux et fort. Expri­mer son sen­ti­ment ne peut se faire sans l’écoute de la musique pro­duite par les autres, sans la com­pré­hen­sion du monde qui nous a créés et nous habite.

Et pour y arri­ver, un peu de silence dans nos cœurs s’impose. Non pas qu’il faille se taire, mais davan­tage accep­ter de jouer le gen­til jeu des alam­bics, de la dis­til­la­tion de nos eaux de vie.

Sans vases com­mu­ni­cants, point d’ivresse.

Commentaires

  • Alain Beaudry

    Alain Beaudry 2020/09/29 10:32 0

    Encore une fois Guy, ta pensée et ta réflexion aiguisée et si sensible me rejoignent complètement. Serai à la retraite très bientôt et j'aurai tout le temps de méditer sur notre monde et ses bateaux qui dérivent..

  • admin

    admin 2020/09/29 14:27 0

    Merci Alain. Merci pour ta gentillesse. Je suis heureux pour toi que tu puisses profiter de la retraite. De mon côté, je crois que je devrai travailler jusqu'à la fin des temps! Prends soin de toi.

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