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Murale au métro Jarry

L’envol

Modifié le : 2019/07/13

Mes doigts glissent avi­de­ment sur les pré­sen­toirs d’Ins­ta­gram, de Face­book, d’El­lo, de Tum­blr et je ne me suis pas encore ouvert un compte Snap­chat. Des hash­tags et des super­la­tifs, des opi­nions dans tous les sens, des conver­sa­tions tout aus­si éphé­mères qui paraissent pour­tant essen­tielles, comme si nous étions tous en train de mou­rir et que, devant nos yeux à demi vitri­fiés, se vidait notre mémoire dans la pou­belle du néant. 

Voi­là une semaine que, presque tout le temps cloué au lit, fati­gué, l’estomac irri­té, l’appétit dis­pa­ru, je par­cours, entre deux périodes de som­meil, l’Internet. Mon corps a choi­si le temps de mes vacances pour me dire qu’il en avait assez, qu’il fal­lait que je décroche. Je dors, off. Je rêve cepen­dant beau­coup. Je me réveille, on. Je fais peu, après avoir subi deux jours et demi de fièvre, erre mes yeux sur les textes, les images, l’incontournable élec­tion amé­ri­caine — c’est fou ce que les Amé­ri­cains peuvent être étour­dis­sants —, les eaux pol­luées olym­piques du Bré­sil, évi­dem­ment toute la folie pla­né­taire — com­ment font les ani­maux pour nous endu­rer ? —, mon pro­jet de bud­get, des petites choses par­mi les grands ques­tion­ne­ments. Puis, je me ren­dors, off. Je ne semble jamais rêver à des jours meilleurs, mon cer­veau nour­ri par un ulcère pro­bable, tourne en rond et me pro­pose des grossièretés.

Et tout ce bruit d’images, de bien pré­caires pho­tos lan­cées par des egos qui ne semblent pas plus avoir d’emprise sur la réa­li­té que j’en ai sur mes finances.

Je pour­rais être triste, je n’arrive pas à l’être. Je suis fati­gué, j’attends que ça passe. Aujourd’hui, dimanche, j’ai bran­ché Spo­ti­fy qui me pro­pose un échan­tillon de mélo­dies médi­ta­tives. Why not. Entre le on  et le off. Je ne peux être triste, car je sais que la seule manière d’avancer est d’aller au-delà du décou­ra­ge­ment, de faire un petit pas à la fois, calmement.

Je lisais jus­te­ment dans mes ces mul­tiples publi­ca­tions qui ont défi­lé cette semaine, tels des papillons pro­sé­lytes, qu’on ne peut faire quelque chose que si on le veut. Ce n’est pas un truisme. On pense que la fata­li­té nous oblige à aller ici et là, que les obs­tacles, les mon­tagnes, les mala­dies et les rivières exigent de nous des efforts d’ingénierie. Soit. Mais devant jus­te­ment la rivière, libre à celui qui s’y confronte de res­ter sur la berge et d’y bâtir son camp, son vil­lage, ou d’abattre quelques arbres pour pour­suivre son chemin.

Il est vrai que depuis quelque temps, je fré­quente la mélan­co­lie, voire la dépres­sion. Il peut sem­bler que je ne fais plus rien, que je n’arrive à ne pas déci­der du che­min. Mon corps ne s’est d’ailleurs pas fait prier pour arrê­ter les moteurs. Pen­dant quelques jours, j’ai eu l’impression de pour­suivre mon vol, puis il m’a bien fal­lu me rendre compte qu’il fal­lait que j’ouvre légè­re­ment les bras pour conti­nuer à planer.

Mais chaque chose en son temps, c’est ce que je me dis. Per­sonne ne rêve­ra pour moi. J’ai juste besoin de ces vacances, d’un bon mas­sage, de sim­pli­ci­té, de mettre tran­quille­ment de l’ordre dans mes affaires.

Il n’est jamais trop tard pour par­tir à point.

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