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Et souviens-toi encore que chacun ne vit que le présent

Les feuilles ne semblent pas prêtes de se ter­nir. Pour­tant, à la fin de sep­tembre, elles devraient déjà pres­sen­tir la fin. Il y a de ces automnes sans fard et il se peut que celui-ci soit l’un d’eux. Les ramures bru­ni­ront et seront dégar­nies par un ou deux coups de vent. Le len­de­main, il nei­ge­ra et nous n’aurons pas encore nos bottes à nos pieds.

Suis-je tou­te­fois sim­ple­ment impa­tient d’en finir avec cet été vinai­gré à la sauce amé­ri­caine ? Le temps poli­tique est d’un gris… Même les irré­duc­tibles Qué­bé­cois font dans la bon­dieu­se­rie et le clientélisme.

C’est l’automne de mes cin­quante-neuf ans. Le gou­ver­ne­ment m’a rap­pe­lé récem­ment dans une lettre com­bien j’aurai à ma retraite. À moins d’un miracle, je serai misé­reux. Enten­dons-nous bien, la misère, ça se dis­cute. Je sais vivre de peu. J’ai long­temps vécu à cré­dit, mais ce n’est plus le cas mal­gré les obs­ti­nés appels des sirènes.

Je m’occupe de res­pec­ter ma lumière, de recon­naître celle des autres. Je suis prêt à renon­cer à tout tant et aus­si long­temps que l’équilibre entre la nau­sée et l’appétit sur­vi­vra. Rap­pe­lons-nous Marc Aurèle :

Et sou­viens-toi encore que cha­cun ne vit que le pré­sent, cet infi­ni­ment petit. Le reste, ou bien est déjà vécu, ou bien est incer­tain. Minime est donc l’instant que cha­cun vit, minime le coin où il le vit, minime aus­si la plus longue gloire post­hume. Et encore celle-ci n’existe-t-elle que par une suc­ces­sion de petits hommes, qui mour­ront à peine nés, qui ne se connaissent pas eux-mêmes, ni encore moins l’homme mort depuis longtemps.

Comme rien ne change dans ce monde laby­rin­thique ! Ce qui a été écrit il y a 1600 ans déjà avait été dit aus­si il y a encore plus long­temps. Avons-nous fait des pro­grès de ce côté ? Je ne sau­rais juger. Je suis hum­ble­ment ignorant.

Encore ceci de Marc Aurèle, ce « bon » César (tout est rela­tif, il égor­geait tout de même des esclaves) :

On se cherche des retraites à la cam­pagne, au bord de la mer, à la mon­tagne ; et toi aus­si, tu as cou­tume de dési­rer ces sortes de choses au plus haut point. Mais tout cela marque une grande sim­pli­ci­té d’esprit, car on peut, à toute heure de son choix, se reti­rer en soi-même. Nulle part on ne trouve de retraite plus pai­sible, plus exempte de tra­cas, que dans son âme, sur­tout quand elle ren­ferme de ces biens sur les­quels il suf­fit de se pen­cher pour recou­vrer aus­si­tôt toute son aise ; et par aise, je ne veux dire autre chose que l’état d’une âme bien ordonnée.

Vite ma lampe de poche, je cherche mon tré­sor intérieur.

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