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Faire

Modifié le : 2019/08/06

On dit aimer me lire et on rajoute, à la blague, que par­fois, on ne me com­prend pas tout le temps, qu’en début de jour­née, ma poé­sie passe plus ou moins bien entre le café et la rôtie. Je ris de bon cœur. Il est vrai qu’il ne faut pas tou­jours écou­ter les poètes (ni les poli­ti­ciens) et le poète a cette res­pon­sa­bi­li­té per­son­nelle de devoir, lui aus­si, faire quelque chose. J’ai aus­si conscience que mes vagues à l’âme n’ont que très peu d’importance s’ils ne font que se mou­voir comme une géla­tine immobile.

« Faire » est un concept flou, objet d’une grande dis­pute entre ceux qui croient que seule l’action importe et ceux qui pensent que l’esprit, libé­ré de ses contraintes, per­met d’envisager autre­ment l’avenir. Ces deux véri­tés forment leur ombre réci­proque et la réponse vient pro­ba­ble­ment à l’heure du midi, quand le jour a quit­té défi­ni­ti­ve­ment la nuit et s’apprête à y replon­ger. Per­sonne n’a rai­son, per­sonne n’a tort non plus.

Faire pour faire ne vaut rien. Muser pour s’amuser non plus. Le poète qui, pour un idéal, adhère à un par­ti fas­ciste ne vaut pas mieux qu’un construc­teur de bar­rage qui, pour des néces­si­tés éco­no­miques, n’accepte pas de pro­té­ger un héri­tage vivant.

Les pro­blèmes sur­viennent quand le dia­logue ne se fait pas entre deux mondes sup­po­sé­ment étanches. Le poète per­ce­vra davan­tage s’il s’oblige à confron­ter ses dires à une réa­li­té muette. Et l’on sait tous que la plus impre­nable falaise tom­be­ra sous les assauts patients et retords des marées.

Nous vivons dans un monde aban­don­nés par ses sor­ciers. Est-ce un bien ou un mal ? Atten­dons midi pour connaître la réponse. Et entre-temps, repre­nons notre corvée.

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