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Fenêtre sur soi

Modifié le : 2019/08/04

Un lec­teur, il y a quelques jours, me deman­dait si j’étais tel ou tel per­son­nage de mon roman ou si, dans cet autre, l’histoire n’était pas auto­bio­gra­phique. Les auteurs sou­rient sans doute à lire ceci. Cette ques­tion, tout écu­lée qu’elle soit, n’en cache pas moins une cer­taine véri­té même s’il ne faut pas, non plus, en faire une généralité.

Tout d’abord, cela dépend de ce qu’on écrit. On pose­ra ces ques­tions dif­fé­rem­ment si on a devant soi un(e) auteur à suc­cès, à sus­pense, à his­toire fan­tas­tique ou, comme moi, à his­toires privées.

On peut me décrire comme un auteur à huis clos, tout comme l’est pro­ba­ble­ment ma vie. Je suis un auteur du quo­ti­dien, tout comme semble être mon exis­tence. Mes romans sont donc assez auto­bio­gra­phiques, car je puise l’essentiel de mon ins­pi­ra­tion dans le chau­dron de mes expé­riences ou de ce que l’on me raconte. Ces his­toires sont d’autant les miennes que je me t’attarde essen­tiel­le­ment à la phi­lo­so­phie, à cet acte rituel et reli­gieux de vou­loir créer scien­ti­fi­que­ment un sens à quelque chose qui m’échappe.

Voi­là pour­quoi je me lasse d’histoires où le seul but semble d’exister semble être celui de diver­tir ou de pava­ner avec des trou­vailles lit­té­raires (je viens jus­te­ment de lire un tel livre publié récem­ment). Si, par le pas­sé, je fus ten­té par l’esbroufe, je crois être par­ve­nu, à ce stade de ma vie, à les­si­ver à l’eau javel le moindre orgueil.

Ma mai­son, la réelle, construite à force de marges de cré­dit, s’améliore, s’enferme confor­ta­ble­ment sur elle-même. On peut, certes, regar­der par la fenêtre, l’intérieur de mon esprit qui s’affaire à faire le tri entre mes dési­rs, mes fan­tasmes, mes craintes et mes blas­phèmes, mes joies et mes futiles aspi­ra­tions. Je cherche à créer un sem­blant d’ordre, paral­lèle dans mon esprit, sem­blable à cette lente recons­truc­tion de cet édifice.

Je serai tou­jours ain­si. _​Semper ipse ero_​À cette seule condi­tion puis-je me per­mettre d’écrire : pour tra­cer des sillons fer­tiles, et y enfouir la semence de ce que je suis.

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