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Friable

Modifié le : 2019/07/17

Fugace, fra­gile, friable, éton­nants mots com­men­çant et se ter­mi­nant tous par la même lettre. Friable est celui que je retiens. Nos vies de falaises, canyons ou dunes, n’échappent pas à l’insatiable fric­tion du deve­nir. Que dire alors de nos gloires éphé­mères. C’est en s’assoyant contre le mur de sa conscience, les jambes croi­sées, les bras dépo­sés sur les genoux, la tête morte sur son cou, les yeux dépour­vus de regard, c’est en res­pi­rant l’air neutre du on-ne-sait-quoi qui nous enve­loppe qu’on arrive à goû­ter à ce grain dur, petit, déta­ché du reste, ce reste, ces cer­ti­tudes qui s’empressent de se cimen­ter les unes aux autres comme si elles pres­sen­taient déjà le sort qu’il leur est réser­vé. À force de res­pi­rer ain­si, on par­vient à rou­ler sur sa langue ce petit mor­ceau de roc qui plonge aus­si­tôt dans la gorge. Un rien, le temps qui passe, la beau­té du pas­sage, ce que j’arrive à sai­sir pen­dant une frac­tion de seconde et qui, comme si je mour­rais éter­nel­le­ment, se fatigue déjà dans le néant, se dissout.

J’obtiens ain­si la paix néces­saire, mais il y a com­bat, désir, anxié­tés. Ce qui s’offre aux sens et aux pen­sées pos­sède le charme du luxe, l’enivrement des pro­messes. J’accepte d’emblée, je ne mets aucun frein à ce qui pour­rait me nourrir.

Mais je ne veux pas oublier ce mot. Friable. J’entends la neige com­pacte du gla­cier grin­cer et fris­son­ner. J’entends sans com­prendre. L’ignorance est si pure, si sou­riante, confor­ta­ble­ment logée dans les bras de la sagesse. 

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(pho­to Pierre Laroche)

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