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Graver

Modifié le : 2016/09/03

J’aimerais gra­ver mes pas dans un sol bien­veillant qui mon­tre­rait aux géné­ra­tions futures que je suis pas­sé par là, que mon âme, vêtue de son corps d’ancêtre, s’est pen­chée sur la trace des autres, aura res­pi­ré un air qui avait déjà fait trente mil­liards de ritour­nelles (je les ai toutes comp­tées), qu’il y a eu, au-des­sus de ces traces, des rêves qui ne fai­saient qu’errer.

J’aimerais pos­sé­der cette pré­ten­tion de l’éternité, qu’il res­te­ra quelque chose de moi comme il est res­té quelque chose de tous ces oubliés qui, tels des sédi­ments quan­tiques, ont façon­né la glaise sur laquelle je marche en ce moment.

J’aimerais pou­voir reve­nir un jour, sous forme d’un dau­phin céré­bré, d’une pieuvre uni­ver­si­taire, et pou­voir exa­mi­ner la pous­sière lais­sée ici, durant mon existence.

J’aimerais écrire ici que les Hommes, les Femmes, les Trans­genres et les Trans­gé­niques se com­pliquent bien la vie à ne pas pour­suivre le bon­heur, qu’ils sont câblés à la vio­lence, à l’indifférence, à Face­book, Lin­ke­dIn et Netflix.

J’aimerais pou­voir lais­ser des sillons de pro­tes­ta­tion contre ces prêtres de toutes les cultures qui battent à petite dose les femmes, qui écrasent len­te­ment les pauvres, qui se baignent dans le sang des enfants juste parce qu’ils ont si peur de la mort et qu’ils s’accrochent à des maho­mets, des jésus, des boud­dhas, des shi­vas de mensonges.

J’aimerais que mon pas sur cette terre molle soit bien dosé, sans effet et juste, qu’il n’écrase aucune four­mi, déso­lé pour les bac­té­ries, je fais ce que je peux.

J’aimerais ne pas à avoir à tuer pour me nour­rir, à ne pas bles­ser pour me défendre, sur­vivre. J’aimerais pou­voir trou­ver un homme, mon miroir, qui pense la même chose, ou mon contraire qui pren­dra plai­sir à me contre­dire et à rire de moi, qui se tue­ra pour me faire sou­rire, que je cares­se­rai pour lui faire oublier sa fini­tude. J’aimerais vivre avec un artiste ou un ouvrier, l’essentiel étant qu’il fasse dans un lit ce que font les vol­cans sur les peuples. J’aimerais être riche et futile, pro­fond et ivre.

Je vis, je vois. Je suis si heu­reux d’être à la fois triste et com­pli­qué, comme ce jet d’écriture, écrit en à peine dix minutes, d’une seule lancée.

J’aimerais que l’on se sou­vienne de moi, car moi, je ne pour­rai me sou­ve­nir de rien.

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