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Intùiti, ou le jeu de l'existence

Elles seraient la bous­sole d’un monde appe­lé Intui­tion, annonce le site Web Intùi­ti. Le desi­gner Mat­teo di Pas­cale en a eu l’idée dans sa quête de com­pré­hen­sion du pro­ces­sus créa­teur. Ses cartes sont basées essen­tiel­le­ment sur le sque­lette du Tarot. Le même nombre d’arcanes majeure et mineurs. Là s’arrête pro­ba­ble­ment la com­pa­rai­son, même si le manuel don­ne­ra l’équivalence avec le sys­tème traditionnel.

Toutes les cartes sont réin­ter­pré­tées, tant par le desi­gn que par les sym­bo­liques qui les sous-tendent.

Dans une pré­sen­ta­tion TED, le desi­gner explique que ses inten­tions étaient tou­te­fois mal diri­gées. Si le but était de pro­mou­voir la créa­ti­vi­té, ce n’est pas tant ces cartes qui pou­vaient l’initier. Aucune idée géniale n’est sor­tie des séances qu’il orga­ni­sait dans les cafés. Autre chose s’éveillait tou­te­fois chez les cobayes : la réa­li­sa­tion qu’ils étaient enfer­més quelque part dans leur exis­tence. Un chef d’entreprise n’avait plus le cœur à l’ouvrage, une femme réa­li­sait que son mariage n’était qu’une pri­son, un autre que sa pas­sion pour son bel amant était un leurre.

C’est sou­vent ce qui arrive dans le pro­ces­sus créa­teur. Que ce soit le peintre, l’écrivain, le dan­seur ou que sais-je encore, et sur­tout après que les impul­sions sopo­ri­fiques de la jeu­nesse furent long­temps dis­til­lées dans les échecs, l’esprit s’enferme dans des habi­tudes, des conve­nances ou s’assoit sur des lau­riers méri­tés. Le pro­ces­sus créa­teur est tou­jours une ques­tion de cas­ser la bar­raque, concept autre­ment décrit dans The Crack in the Cos­mic Egg. En ce sens, di Pas­cale n’a rien décou­vert. Le mérite de ses cartes réside dans cette réin­ter­pré­ta­tion du Tarot.

On ne fait cepen­dant pas comme au Tarot, choi­sis­sant au hasard les cartes afin que le des­tin se révèle à nous. Il n’y a rien qui nous gou­verne, nous contrô­lons tant soit peu notre uni­vers. À tout le moins, nous entre­pre­nons sciem­ment le voyage sur l’océan qui semble être le nôtre. Donc, dans ce jeu contem­po­rain, on observe plu­tôt les faces révé­lées des cartes, sélec­tion­nant ce qui, au moment pré­sent, nous émeut. Il s’agit d’un jeu, entre le chat de notre corps et la sou­ris de nos rêve­ries. Il ne s’agit pas de divi­na­tion, mais de divi­na­tion et d’exploration.

Quelle est la valeur de l’exercice ? Je ne pour­rais tout de suite conclure. L’auteur nous sug­gère trois pre­miers tests et je n’ai fait que le pre­mier. Dans celui-ci, di Pas­cale nous invite à choi­sir deux cartes, la carte A sera celle qui nous attire le plus alors que la carte B sera celle pour laquelle nous éprou­vons une répul­sion spontanée.

J’ai choi­si celles-ci :

Le Guide com­plet est dis­po­nible sans achat sur le site d’Intùiti. Page 94. La carte XXII est celle que j’ai choi­sie en pre­mier. En Tarot tra­di­tion­nel, c’est le Fou. Dans Intùi­ti, c’est le Papillon. Cela me convient. Have fun, go cra­zy, Aie du plai­sir, sois fou. Ne l’ai-je pas tou­jours été un peu ? Mais qu’est-il deve­nu de cette folie, me suis-je enfer­mé dans les conve­nances, ayant trop peur de perdre mon pré­cieux salaire ? À 62 ans, qu’est-ce que cela veut dire, être fou, avoir du plaisir ?

Pour carte la carte B, j’ai choi­si la XVIe, la Tour dans le Tarot tra­di­tion­nel, Tabu­la Rasa dans Intùi­ti. Page 84. C’est la véri­table per­tur­ba­tion. Nous connais­sons main­te­nant nos véri­tés et nous les vivons. La ques­tion est : « Qu’est-ce que je ne dis pas à voix haute ? Pour­quoi ne le dis-je pas ? Quelles en seraient les consé­quences ? Est-ce que ce serait vrai­ment si ter­rible ? … L’ar­ché­type invite à embras­ser la chute : faire la fête après avoir été licen­cié, res­sen­tir l’ex­plo­sion de la vie en spi­rale, se réjouir de la volon­té de se rele­ver et de recom­men­cer. Si nous nous sommes débar­ras­sés d’une cer­taine situa­tion, cela signi­fie qu’elle n’é­tait pas faite pour nous, réjouis­sons-nous ! … Dites la véri­té. Démon­tez tout si c’est nécessaire. »

À la bonne heure. Peut-être, si j’avais choi­si d’autres cartes, j’aurais sen­ti la même véri­té, mais je ne le ferai pas. Je me sens mal à l’aise face à la table rase, face au mur que je décri­rai dans un pro­chain billet. Je tente encore l’aventure.

J’aime bien ce petit jeu de cartes. Il est res­té dans sa boîte pen­dant six mois après son achat. Il fal­lait bien que je l’ouvre pour qu’il secoue mes petites peurs. J’essaierai sou­vent d’en jouer, car ce qui compte vrai­ment, c’est de tou­jours per­cer la fine pel­li­cule que le Temps, cette arai­gnée, tisse autour de notre exis­tence dont la mort est déjà annon­cée. L’obstinée pas­sion d’un fou qui est cer­tain de ses illu­sions et qui, le jour sui­vant, chan­ge­ra inva­ria­ble­ment de cer­ti­tude et de regard.

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