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Invisible

Modifié le : 2019/07/16

Jeu­di der­nier avait lieu un cock­tail offert par ma mai­son d’édition. J’y suis arri­vé trente minutes après l’heure pres­crite sur l’invitation. Dans les petits locaux de VLB/​Hexagone/​etc. s’entassaient bon nombre de gens, ayant visi­ble­ment bu et man­gé. Des plats conti­nuaient à cir­cu­ler. Il fai­sait chaud.

Après avoir salué mon atta­chée de presse, trop occu­pée à ser­vir les gens au bar pour vrai­ment s’attarder sur ma petite per­sonne, je me suis glis­sé dans l’une des salles ouvertes à l’occasion. Des conver­sa­tions ani­mées tout autour de ce que j’étais, à savoir un piquet silen­cieux, tenant d’une main son verre de vin et, de l’autre, son cana­pé vite avalé.

Je déteste ces récep­tions, car je ne connais per­sonne et comme il m’est natu­rel­le­ment dif­fi­cile de faire les pre­miers pas, je reste dans mon coin, droit comme un majordome.

Une dame m’aborda, fort gen­tille d’ailleurs. Nous avons par­lé cinq minutes, puis une amie est arri­vée et les deux se sont enfer­mées dans une conver­sa­tion enjouée à laquelle je n’étais pas vrai­ment invi­té. Après trente minutes de pro­me­nade soli­taire, je suis par­ti, bien avant le dis­cours de l’éditeur. J’étais invi­sible à mon arri­vée, je le suis deve­nu tota­le­ment après mon départ, assez triste tout de même.

On est la plu­part du temps sur­pris quand je dis que je suis aso­cial, que j’ai de la dif­fi­cul­té à me mêler aux gens. Qu’on me donne un rôle dans une soi­rée, et je change du tout au tout. Je perds pour­tant mes moyens dans une soi­rée où je ne connais per­sonne, inca­pable de m’accrocher à une conver­sa­tion ou à un indi­vi­du, trop orgueilleux pour m’approcher d’autrui et essuyer des refus polis. Mon cas n’est pas unique. La dame écri­vaine qui m’aborda pos­sé­dait un don que je n’ai pas. Elle eut cer­tai­ne­ment du mal avec moi. Elle m’a deman­dé si je connais­sais tel ou tel écri­vain, force était de lui répondre que j’étais un inculte en lit­té­ra­ture. Que vou­lez-vous répondre à cela ? J’ai beau­coup de qua­li­tés et de conver­sa­tion, mais j’ai éga­le­ment le défaut de vou­loir tou­jours par­ler de choses pro­fondes, ce qui ennuie bien des gens, déjà aux prises avec cette patate chaude qu’est l’existence.

Dans ce genre de réunions, il y a trop d’auteurs, voire d’egos et je suis très mal­ha­bile à pava­ner le mien.

Durant ma petite ins­pec­tion des lieux, j’ai vu de grandes affiches des cou­ver­tures des plus récents ouvrages publiés chez VLB. Pas le mien pour­tant. Mon livre ne fai­sait pas par­tie de ce tableau de chasse. Je le répète, je suis orgueilleux. Mon livre a eu sa petite heure de gloire, mais pas suf­fi­sam­ment pour trô­ner d’office dans le hall d’entrée. On ne peut tout affi­cher non plus. Là n’est pas le pro­blème. Je suis pro­ba­ble­ment le plus invi­sible des auteurs. Je ne mêle pas à eux et, il faut bien le dire, je ne pense pas à l’écriture tout le temps. Je lis rare­ment les autres aus­si. J’ai pour­tant beau­coup lu, mais main­te­nant, mon regard s’attarde sur un rayon de soleil et j’ai ten­dance à fer­mer ma gueule.

Pour ceux et celles acquis à la chose astro­lo­gique, je pour­rais pré­ci­ser que j’entre dans une longue phase nep­tu­nienne (Nep­tune car­ré Mars, puis conjoint Soleil, ces deux « astres » étant en car­ré dans le thème natal). Une petite défi­ni­tion s’impose. On excu­se­ra l’anglais :

« During this per­iod of time, you’ll face severe chal­lenges to your sense of iden­ti­ty and be com­pel­led to find your true pur­pose in life. This will often cause confu­sion as you ques­tion the path you’ve been on, and you may feel disillu­sio­ned with the more mate­rial side of your life. You want to expe­rience more spi­ri­tual satis­fac­tion in your work and may often feel defea­ted by the har­sh­ness of the mate­rial world. But you may expe­rience this time in a dif­ferent way. A new oppor­tu­ni­ty may sud­den­ly appear that seems to represent the spi­ri­tual qua­li­ties you’re now loo­king for, and you may feel com­pel­led to pur­sue this new path, whe­ther or not you’re real­ly pre­pa­red. While you have your eyes on the sky the ground beneath you will seem uns­table, and you may have more dif­fi­cul­ty hand­ling your res­pon­si­bi­li­ties and com­mit­ments. Other people may not unders­tand your motives and ques­tion your deci­sions, but no one will be able to shake you from your idea­lis­tic cloud. You may expe­rience more loss and it will be very dif­fi­cult to build any concrete struc­tures in your life. Resources seem to slip through your fin­gers and this is not the time to enter any busi­ness ven­ture that’s »too good to be true”, or one that involves dea­ling with ques­tio­nable people. You’re less dis­cri­mi­na­ting now and more easi­ly foo­led by glo­ri­fied pro­mises and delu­sions of gran­deur, and may even be temp­ted to deceive others or mis­re­present your inten­tions. Your phy­si­cal ener­gy is extre­me­ly low and you may expe­rience fatigue or a lack of direc­tion and moti­va­tion. The posi­tive aspect of this time is that it will also enhance your sen­si­ti­vi­ty and com­pas­sion for other people – just make sure you aren’t let­ting them take advan­tage of your good nature. If you can, it’s best to avoid making life-chan­ging deci­sions until after this cycle has pas­sed, when you’ll see the real mea­ning of your life more clear­ly. » (Source)

Ce texte res­semble à ce soleil pho­to­gra­phié un matin, pri­son­nier de ses nuages et divi­sant le ciel avec des traits liquides. Il me semble vivre exac­te­ment ce que les astro­logues annoncent. Tout s’étiole sans que cela soit dra­ma­tique. Ma vie va bien, même si de grandes incer­ti­tudes planent tou­jours sur ma réelle capa­ci­té à régler le maté­riel. Je n’ai aucune vision claire de ce que pour­ra être l’avenir. Quand je tente de faire le point, ma vision s’embrouille comme si mon cer­veau se dis­sol­vait len­te­ment dans ces états mala­difs qui vous rendent enfants, puis bébé, puis embryon, puis plus rien.

Mais je regarde tou­jours cette lueur sur le bord de ma fenêtre. Le soleil est beau, grand, aujourd’hui. En moi, des vagues larges, par­fois calmes, par­fois mons­trueuses, sou­lèvent mes pen­sées, mon ima­gi­naire. Ce Nep­tune, sur mon Soleil, tous les Pois­sons nés le 2 mars 1959 l’ont en même temps que moi. J’en res­sens tout de même l’appel. Où dois-je por­ter mon esprit ? Sur quel navire dois-je m’embarquer ? Et si le des­tin se char­geait de choi­sir ma cha­loupe m’obligeant à ramer dans des eaux incon­nues ? Et si ma vie se ter­mi­nait ain­si ? Dans le bon­heur calme de l’indifférence ? Et si le grand flou se pro­pa­geait dans mon sang, dans mes pen­sées, mes neurones ?

On ver­ra, c’est la chose que je dois me dire. La seule en fait. Je n’ai qu’à conti­nuer à mar­cher, à me pro­me­ner, à regar­der le soleil dan­ser avec les ombres. La paix vient lorsqu’on s’oublie.

C’est ça être zen, il paraît. Mais encore ? Je pars dans trois semaines pour le Por­tu­gal, ren­con­trer un bel homme. Finan­ciè­re­ment par­lant, ce n’était pas encore le temps. Il y a eu des délais dans la réso­lu­tion de mes finances (tiens, tiens, diront les astro­logues). Le soleil se trouve là, en ce moment. Qu’adviendra-t-il de mon cœur ? Je n’en sais fich­tre­ment rien. Je ferme les yeux puisque, de toute manière, en ce moment, tout est d’un gris pas­sa­ger, d’un brouillard emberlificoteur.

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