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© 2006 Guy Verville (détail)

J'ai rêvé de lui

J’ai rêvé de lui. Il se tenait près de moi, je ne dis­tin­guais pas son visage, mais pou­vais obser­ver sa pilo­si­té, devi­ner la force de son sang par la veine pul­sante de son cou.

Je me sou­viens qu’il me mon­trait quelque chose et qu’il me sou­riait. Je ne peux savoir quoi et pour­quoi. Je crois que le rêve fut bref — com­ment peut-on réel­le­ment mesu­rer l’éternité d’un rêve ? — je me suis réveillé en pen­sant à lui et, depuis main­te­nant trois semaines, il hante mes pensées.

Je me suis deman­dé ce qu’il était, j’ai fait le tour des peu nom­breux hommes que j’ai connus. J’ai obser­vé ceux que je croi­sais dans la rue, le métro, mon regard s’attardant autant sur ce qui com­mence que ce qui s’achève. J’en suis venu à inter­ro­ger mes idéaux, flous comme mon désir de bon­heur, et puis j’ai ces­sé de cher­cher dans ces ailleurs des gens, dans ces para­dis inaccessibles.

Après un temps de silence, il est reve­nu près de moi ; j’ai fini, je crois, par le recon­naître sans qu’il ne dise un mot, ne fasse un geste. Je n’ose pas encore vrai­ment l’interpeller ou le nom­mer. Est-ce une évi­dence ? J’ai rêvé de moi, de ce que je suis, ce que j’ai été, ce que j’ai fait depuis tout ce temps dont je me rap­pelle si peu. Je ne peux presque pas en par­ler. Cet homme est en moi, il me quitte si sou­vent, il part sur son navire et me pro­met de reve­nir. Je suis sa future veuve même si, pour être hon­nête, je sais qu’il me survivra.

J’ai rêvé de lui, de moi, j’attends son retour pour qu’il me raconte ses aven­tures, qu’il me nour­risse. J’ai soif de le com­prendre, de le connaître. Il est le seul et véri­table com­pa­gnon. Pas éton­nant que je l’aie cher­ché et que je le cherche encore chez mes amis, mes amants, mes inconnus.

Il me manque.

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