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Je marche

Mar­cher oblige à pen­ser, à regar­der le sol et lais­ser errer son regard sur la matière. D’un pas lent, qui se fait aisé­ment dépas­ser par l’urgence des autres, je prends conscience que l’été s’achève déjà. J’en ai peu par­lé, j’ai lais­sé aux nuages le soin de laver le ciel, les jar­dins la tâche d’apaiser les humeurs et mon esprit s’empêtrer dans le brouillard.

Mar­cher oblige à demeu­rer humain et, si on par­vient à lais­ser son télé­phone vibrer dans son étui, on ne va enfin pas plus vite que son ombre.

Le temps change si peu quand on marche, le pas bat les secondes, les cen­ti­mètres, la pen­sée scande ses psal­mo­dieuses errances. Et le matin se fait beau­té avec sa lumière qui, déjà, rap­pelle la mort à venir.

Ce que je semble renaître quand l’automne sur­vient, comme si l’été n’était pour moi qu’une séche­resse à noyer dans la pudeur de la fata­li­té de la lan­guis­sante sai­son. Oui, la lumière change, je sors de ma tanière, me fait la mar­motte qui ne voit jamais ses ombres.

J’ai grand mal à dor­mir, ce soir. Il a plu en tem­pête aujourd’hui à en chas­ser la cha­leur, à en faire taire les cigales qui, cet été, n’ont presque pas chan­té. Hier, c’était l’éclipse qui n’a pas remis de l’ordre dans l’esprit des Amé­ri­cains. Aujourd’hui, un écri­vain fan­tôme est mort. Hier, c’était un comique. Et ailleurs, d’autres morts qui ne feront pas vrai­ment les man­chettes. Ou si peu, le temps pour d’autres ahu­ris de fon­cer sur d’autres victimes.

Il y a aus­si tout ce bruit de l’Internet, qui ne connaît ni prin­temps ni hiver, tou­jours en per­pé­tuel chaos, en équi­noxe sur l’absurdité. Il y a mes rêves qui s’enfuient tou­jours en cou­rant aus­si­tôt que j’essaie de les arro­ser de conscience.

Je marche, je conti­nue à dire que je marche. Je marche.

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