altPicture1364875603

La dame et son balai

Modifié le : 2019/08/05

La dame au balai est encore là. Sa cour grilla­gée est exempte de végé­ta­tion, asphal­tée. Été, prin­temps, automne, et même en hiver, je la vois manier son modeste balai de cui­sine, pas même un de ces gros balais de quin­caille­rie à la brosse drue, mais bien celui des­ti­né à dépla­cer la pous­sière domestique.

Pas un cen­ti­mètre n’échappe à sa vigi­lance et sa besogne l’amène au-delà de son ter­rain, sur la por­tion de la rue qui semble lui appar­te­nir et un peu au-delà. Elle chasse, épous­sette. C’est propre.

Je l’ai déjà vue tailler la haie du voi­sin, pas celle du voi­sin d’à côté, mais bien celle d’en face. Une branche devait ne pas cor­res­pondre à sa vision ordon­née des choses.

Hier, une fois son ouvrage ter­mi­né, elle s’est mise à ins­pec­ter son bal­con, puis est res­tée immo­bile un cer­tain temps, per­due dans ses pen­sées, ou sim­ple­ment désoeuvrée.

On pour­rait faci­le­ment se gaus­ser de sa manie, sur­tout durant l’hiver lorsqu’elle balaie la neige comme s’il s’agissait de feuilles mortes. Mais au final, que sais-je d’elle ? Et si c’était une boud­dhiste dans l’âme qui, dans son infi­nie patience, répé­tait inlas­sa­ble­ment le geste vide de recom­men­cer ? Et si cela ne lui fait que du bien, décoince des bras empor­tés par une arthrite vicieuse ? Et si ça lui chante tout bon­ne­ment d’avoir une cour propre ?

Je ne lui connais pas de mari, ou si elle en a un, il doit être scot­ché devant le télé­vi­seur. Alors, pour l’excitation, on repassera.

Enfin, mon esprit divague. Il se répète autre­ment en tenant de balayer les mêmes racoins de sa cervelle.

Classé dans :voisinage

#1a3958
#1a3958