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La déesse silencieuse

Modifié le : 2019/07/13

Je me dois de pour­suivre sur le thème de la lumière. Au sor­tir du tra­vail, la semaine pas­sée, il fai­sait encore trop chaud pour un automne. Les gens mar­chaient volon­tiers pieds nus dans le parc, des jeunes, torse et beau­té nus, jon­glaient. J’avais trop chaud avec mon gilet et mon coupe-vent, comme issu d’une sai­son trop en avance sur son temps. Les gens sou­riaient, man­geaient et buvaient en petits groupes, riaient, cas­sant le cou afin d’offrir au soleil leur gorge assoiffée.

Ce soleil, déjà très bas sur l’horizon, insuf­flait une éner­gie presque aqueuse. Autour du grand parc, la ville pol­luait de ses bruits, cou­vrant le dia­logue des oiseaux, le chant des arbres. Mais, pro­té­gé par la végé­ta­tion, le parc arri­vait à retrou­ver ses voix.

Je mar­chais très len­te­ment, abso­lu­ment ému de l’instant, fati­gué aus­si par ma jour­née. J’aurais aimé être avec quelqu’un, pou­voir lui par­ler en sagesses et en caresses, m’asseoir près de lui et m’imaginer lui dire que je l’aimais. Je me suis effec­ti­ve­ment assis sur un banc. Seul le bom­bar­de­ment hori­zon­tal du soleil me tenait com­pa­gnie. L’eau d’une fon­taine scin­tillait avec ce qu’il res­tait de lumière, annon­çant une vir­tuelle fête foraine noc­turne, celle des der­niers insectes, des ultimes amours.

J’ai res­pi­ré à fond, mes pen­sées et paroles demeu­rant en moi. Je me suis remis à mar­cher, ai rejoint le trot­toir et le bou­le­vard Saint-Laurent. Je suis ren­tré à la mai­son et me suis cou­ché. Au mur, encore la lumière, silen­cieuse comme une déesse.

J’étais en paix avec, en guise d’ancre dans cette eau du jour, un bon­heur triste.

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