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La flamme obstinée

Il n’en faut qu’un peu pour que je m’enflamme. Cette ardeur me sur­prend au moment qu’elle éclate tel un vol­can impa­tient. Il suf­fit d’une pin­cée de désir, d’une image impos­sible et je me retrouve à trem­bler comme aux pre­mières amours. Ce que j’étais incon­trô­lable alors ! Un rien déclen­chait les mau­vaises vannes. Je per­dais les fluides de ma conscience comme on libère une ves­sie trop pleine.

J’ai pour­tant l’habitude de pen­ser que j’ai mûri ou que je n’ai plus l’âge de ces sou­bre­sauts. Les sai­sons ont pas­sé leur râteau. On a maintes et maintes fois taillé mes aspi­ra­tions. Ma voix, forte et incon­trô­lée, s’est long­temps conten­tée d’un prin­temps de paille. Saturne, comme pour nous tous, a pris trente, soixante ans pour régir les jar­dins. Mon pro­fes­seur m’a cueilli quelque peu éteint et, depuis, cherche à ravi­ver la rivière de mes trémolos…

Il suf­fit d’un peu de poivre, d’une parole épi­cée, du grin­ce­ment tec­to­nique de mon cœur pour que le corps s’éprenne sou­dain, l’esprit enivré au point d’en avoir le souffle acé­ré, l’estomac noué. La flamme, la dan­ge­reuse et joviale, par­vient encore à fumer même dans les eaux pro­fondes. Je pour­rais redon­ner mon âme à un petit diable qui ne ferait certes qu’une bou­chée de mes pauvres chairs. Le feu, le sang qui se cogne à la peau des tym­pans, à l’oreille de mes idées, tout est excuse à la pyro­tech­nie, à la dan­ge­ro­si­té d’une poudrière.

Cela fini­ra sans doute par m’épuiser et me tuer. Qu’importe la durée du repas et du plai­sir puisque renon­cer à la vie sera mon der­nier désir et blas­phème, mon der­nier air que je chan­te­rai, gri­sé par une quel­conque morphine.

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