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La lumière primordiale

Modifié le : 2019/07/13

J’ai repris mon par­cours pédestre vers le tra­vail. Les pluies gla­çantes n’ont pas fait trop de dégâts sur les trot­toirs d’autant que la voi­rie a fait son tra­vail à temps. Il fait froid, il vente quand même un peu. Heu­reu­se­ment, puisque mon tra­jet se fait du nord au sud, l’air frais d’ouest est blo­qué par la forte bar­ri­cade des maisons.

Quand il fait beau, le bleu du ciel d’hiver n’a pas son pareil. Il res­pire presque la san­té. Là s’arrêtera la com­pa­rai­son, car le smog n’est pas loin, la suie des déjec­tions auto­mo­biles de l’autoroute métro­po­li­taine n’est pas la manne pro­mise, plu­tôt un rap­pel que l’enfer n’est jamais très loin.

La quié­tude de mes pas est là. La neige est de cris­tal, se plaint, comme les res­sorts d’un vieux mate­las, j’écoute et retourne à mes pen­sées, mon corps se réchauf­fant peu à peu à l’effort de la marche, mes pou­mons gobant la fraî­cheur du matin.

À la toute fin de mon par­cours, je dois emprun­ter Saint-Laurent, qui ne pos­sède pas de mai­sons à cet endroit, sur son côté ouest. La plaine du parc Jar­ry laisse libre cours au vent. Mais je suis bien réchauf­fé main­te­nant et l’air froid ne me fait plus rien. Et puis, il y a ce soleil qui s’invite dans le jour.

Il est là, bien sûr, tous les matins quand les nuages veulent bien nous lais­ser tran­quilles. En obser­vant son inten­si­té gra­vée sur la neige autour des ombres des arbres et au fond des petits val­lons de neige, et en res­sen­tant aus­si sa loin­taine cha­leur, ce matin-là, je fus pris d’un éton­ne­ment tran­quille, à admi­rer encore et encore cet astre pour ce qu’il est. 

Pensons‑y bien, à je ne sais plus com­bien de kilo­mètres d’ici, quelque chose comme à 8 minutes à la vitesse de la lumière, il y a une étoile, une de celles qui tapissent la nuit. Ce n’est certes pas la plus grande, et pro­ba­ble­ment pas la plus spec­ta­cu­laire. C’est tout de même par là que tout com­mence. C’est gros, une étoile, c’est dan­ge­reux, ça aveugle, ça brûle, ça se moque des cham­pi­gnons nucléaires.Nous, pauvres bêtes humaines, nous la tenons vrai­ment pour acquise, tout comme la lune, l’air que nous res­pi­rons, notre exis­tence même.

Donc, ce matin-là, je me suis arrê­té, j’ai pris une pho­to. Quelques pas­sants m’ont dépas­sé, ne regar­dant même pas ce que je pre­nais ain­si en sou­ve­nir. J’aurais pu prier si j’avais pu retrou­ver dans mon âme ata­vique les anciennes célébrations. 

Qu’en fai­sons-nous de cet éton­ne­ment des pre­miers pri­mates quand, sou­dain, ils se sont mis à moins subir le monde et à le voir ? Qu’avons-nous oublié durant tout ce par­cours évo­lu­tif ? Des dieux illu­soires, certes, sans pour autant nous être débar­ras­sés de l’angoisse et de la soif de connaître ? Pour­tant, à nous obser­ver fixer les nou­velles étoiles que sont nos télé­phones sup­po­sé­ment intel­li­gents, je me demande pour­quoi nous ne regar­dons pas plus sou­vent la pre­mière lumière, ce soleil.

Peut-être parce qu’il res­semble peut-être trop à un dieu, jus­te­ment, celui qui ne nous a jamais répon­du. Mais nos bidules face­boo­kiens et ins­ta­gram­mé­riens, ils nous écoutent davantage ?

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