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La rivière et l'humilité

Modifié le : 2017/12/26

La nuit revient han­ter la ville. C’est l’heure de dor­mir. Je suis encore éton­né de ce temps qui passe sans que je ne puisse en hap­per quelques nour­ris­santes gor­gées. Mon lit m’enfermera bien­tôt dans le noir, ma chambre se mue­ra en confes­sion­nal étri­qué où, pour­tant, toutes les idées, les mondes, les pos­sibles pren­dront place et ne vou­dront sur­tout pas voir leurs péchés se dis­soudre dans le par­don. Ce sera le rêve, le chaos de l’imaginaire, le tor­rent froid et vain­queur des angoisses ; ce sera le fleuve large comme un Saint-Laurent, celui que tentent obs­ti­né­ment de cap­ter, infa­ti­gables, les esprits artistes, poètes.

Qu’en ferai-je de ces rêves ? Pro­ba­ble­ment rien, car n’aurai pas le luxe de les rete­nir, le matin venu. J’ai par­fois l’impression de perdre vrai­ment mon temps, avec ce som­meil, aveugle que je suis. J’ai sou­vent le sen­ti­ment de ne pas être suf­fi­sam­ment prêt à rece­voir l’extase, occu­pé et ligo­té à ma réa­li­té. Je suis sérieux, je suis drôle, je ne sais plus.

Il est aisé d’écrire ain­si des oxy­mo­rons, facile de cacher son visage, de gui­der la lumière. Il est rela­ti­ve­ment com­mode de taire, de sty­li­ser son silence. Il est facile de m’inquiéter, d’y aller à tâtons.

J’ai soif, encore et encore. Je ne suis pas assez seul et je n’aimerais sur­tout pas qu’on m’isole. J’ai faim, tou­jours la panse criante. Je ne veux sur­tout pas mou­rir sans avoir roté tout ce que j’ai à dire. Je sais, je ne sais que trop bien, tou­te­fois, que, quand bien même je crie­rais, l’écho sera ténu, à peine for­mé. Une caverne en quête d’un son. Un souffle en deuil de sa bouche.

C’est sans doute ce que je dois rete­nir de cette rivière de mots, qu’il ne sert à rien de ten­ter de la boire entière. Je ne suis sur cette Terre que pour habi­ter le rêve qui m’appartient.

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