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La vie que je croise

Modifié le : 2019/08/05

Pour me rendre à ma cui­sine, je passe inva­ria­ble­ment devant la porte arrière, qui donne sur la ruelle et, comme on s’y attend, chez les voi­sins. Inva­ria­ble­ment, je jette un regard, espionne. Il y a de nou­veaux étu­diants, au deuxième, un couple gai sans doute, il y a les voi­sins du rez-de-chaus­sée avec leur fils qui, de gras­souillet est deve­nu un jeune homme qui roule ses biceps. L’été, il est géné­ra­le­ment en bobettes et affiche ses nou­velles armes. Il y a l’autre voi­sine que je vois rare­ment, une vieille fille, je crois, dont la cour reste péni­ble­ment déserte (alors que chez la famille du gar­çon en bouette, c’est géné­ra­le­ment le bric-à-brac per­ma­nent). Par­fois, cette dame s’assoit au milieu de son asphalte, sur une chaise longue, un livre à la main. Mais cela ne dure pas long­temps, comme si la liber­té de ne rien faire n’était pas pour elle. Il y a éga­le­ment ces autres avec leurs chiens immenses qui font peur à qui s’aventure dans la ruelle. Enfin, il y a cette dame, traî­nant son veu­vage par ennui et qui balaie, sai­son après sai­son, été comme hiver, sa cour, et qui héberge dans sa cave des étu­diants qui arrivent tôt le matin, avec leurs oreillers sous le bras, qu’une mère vient recon­duire parce qu’elle doit vrai­sem­bla­ble­ment aller au travail.

Je n’ai pas encore par­lé du jeune couple qui est par­ti l’an der­nier. Un beau petit punk avec, dans ses bras, un joli bam­bin. Et je n’ai pas par­lé de mes voi­sins laté­raux, tous plus divers que bico­lores. Je ne connais per­sonne, leur fait signe par­fois, de la tête, pour leur sou­hai­ter le bon­jour, mais là s’arrête la connais­sance de l’autre.

Je ne désire pas non plus les connaître, et eux n’ont sûre­ment rien à cirer de me voir tou­jours à la maison.

Ah, c’est vrai, j’ai oublié de par­ler de cet autre voi­sin qui baise, si je compte bien, baise plus d’une fille (ils sont trois dans l’appartement, mais cela semble fluc­tuer). Je les vois sou­vent nus en train de s’exciter. Ils ont au moins la décence de fer­mer la lumière quand vient le temps de s’accoupler. M’enfin, leurs ébats ne m’intéressent pas, j’aurais mieux sur Internet.

Voi­là la vie que je croise quand je vais à ma cui­sine. Ce que j’en déduis est pro­ba­ble­ment tout faux, mais est-ce vrai­ment impor­tant ? Mon ima­gi­na­tion fer­tile a besoin de ce ter­reau de possibilités.

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