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L'amitié

Modifié le : 2019/08/08

J’ai appris ce matin que deux de mes grands amis ont un froid, une sorte d’es­souf­fle­ment de leur cama­ra­de­rie. Le pre­mier aurait bles­sé le deuxième pour, en fait, peut-être un petit rien, et le second d’ex­pri­mer sa dou­leur aurait à son tour bles­sé le pre­mier. Ana­ly­sé de l’ex­té­rieur, on pour­rait faci­le­ment rire de la situa­tion, alors qu’on s’a­per­çoit que le malaise est tout de même là et qu’il aura fini par égra­ti­gner le vernis.

J’ai le réflexe de ne plus m’en faire avec ça. Une rela­tion d’a­mi­tié n’est pas dif­fé­rente d’une rela­tion de couple, et il faut du cou­rage par­fois pour mettre son pied à terre et insis­ter pour demeu­rer soi-même, même s’il faut, on le sait tous, prendre avec de gros grains de sel nos pré­ten­tions à l’o­ri­gi­na­li­té de nos besoins en la matière.

Mais par­fois, il est vrai­ment néces­saire de se pro­té­ger, de dire que ça ne va pas. Et quand on n’y réus­sit pas, notre jar­din inté­rieur se referme, tente en même temps, avec déses­poir, de conser­ver une flamme qui s’é­teint pour­tant inexo­ra­ble­ment, faute d’air frais. Perdre un ami n’est pas si grave ; il n’est, après tout, que l’un de ces nom­breux navires qui accostent et qui repartent. Notre plai­sir était certes de revoir ses voiles à nou­veau à l’ho­ri­zon, mais soyons hon­nêtes, nous navi­guons nous aus­si, nos voyages nous sculptent différemment.

J’ai ren­con­tré dans ma courte vie plu­sieurs gens. J’en connais beau­coup et peu. Pour être hon­nête, ils ne m’in­té­ressent plus et ce n’est pas leur enle­ver leur valeur. Ma cer­velle n’est pas immense et mon coeur y est déjà à l’é­troit. J’ap­prends à ne pas tout don­ner, je cherche tan­tôt seul, tan­tôt accom­pa­gné, à m’épanouir.

Rien n’ex­clut la soli­da­ri­té, rien n’o­blige ces ami­tiés, ces amours par­fois fra­giles à s’é­teindre. Il faut du tra­vail en tout, et s’il est un domaine où l’ar­chi­tec­ture n’use pas de plans, c’est bien celui de la rela­tion humaine. Ne nous éton­nons pas alors quand la porte ne ferme plus ou que l’é­di­fice s’ef­fondre. On a le choix de recom­men­cer et même d’y trou­ver un plai­sir très zen à redé­cou­vrir l’autre.

Mais du cou­rage, bon sang, il en faut pour faire fruc­ti­fier notre âme. D’a­bord et avant tout. N’ou­blions pas que, au plus pro­fond de nous, notre nature est celle de l’a­ni­mal qui veut vivre et se pro­je­ter dans le temps. Notre égoïsme, notre démon inté­rieur, comme le dit une belle chan­son, est par­fois notre meilleur ami. Et bra­vo à ceux et celles qui arrivent à lar­guer les amarres pour ensuite déci­der de les nouer, de nou­veau, à la corde d’an­ciennes ou de nou­velles sirènes.

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