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Lancement

Modifié le : 2017/10/22

Ce fut le grand soir, comme on dit. Le livre est déjà dans la mémoire des autres. On me deman­dait depuis quelques semaines si j’étais ner­veux, on s’exclamait devant cet exploit qu’est l’écriture, on me sou­hai­tait le suc­cès en librai­rie, les entre­vues et, pour­quoi pas, la mise en film de l’histoire.

Je ne disais pas non à tout ça. Ce soir-là, ce fut ma fête, ma fier­té et, tout à côté, mon humi­li­té. Je sais bien ce qu’est le monde cultu­rel dans cette petite belle grande pro­vince, un monde qui n’est pro­ba­ble­ment pas dif­fé­rent de celui qui se vit dans tous les minus­cules uni­vers de la pla­nète. Publier de nos jours relève de l’acte du trou­ba­dour che­mi­nant sa vie au gré des auberges et des cités où il s’arrête.

Je ne me fais pas des accroires, comme on dit. Je bois à ma bou­teille et, pour l’ivresse, ça sera de l’extra !

Tout cela étant offi­ciel­le­ment dit, je fus choyé, heu­reux, ému d’être avec mes amis, d’y aller de mon petit discours.

Réel sen­ti­ment de post-par­tum, avant, pen­dant et après cette date du 26 jan­vier et, toute la semaine durant, je ne fus pas tout à fait là. C’est donc fait, assu­mé, la vie conti­nue. Et comme la lon­gé­vi­té d’une œuvre se mesure au sou­tien des lec­teurs et lec­trices, Falaise n’est vrai­ment plus mon enfant ; il est un livre à part entière. Inchal­lah

J’ai reçu déjà quelques comptes ren­dus enthou­siastes d’amis. J’ai deman­dé à tous l’honnêteté et je crois bien que c’est elle que je rece­vrai, du moins, je l’espère. Com­ment faire autre­ment ? À quoi bon men­tir poli­ment aux autres ? Vous aimez ? Dites-le. Vous êtes per­plexe ? Affir­mez-le. Vous détes­tez ? Que puis-je y faire ? J’en pren­drai acte et me ferai ma propre opinion.

Quoi écrire main­te­nant ? J’ai des idées, je fais de nom­breux rêves. Il y a cet uni­vers rêvé il y a plu­sieurs années, une grande île roue, comme une hor­loge, un zodiaque, de guin­gois, dra­ma­ti­que­ment incli­née dans l’eau. J’y arrive nu, gelé, comme si ma conscience s’était enfuie de mon corps pour, enfin vivre, comme si j’avais rêvé de ma mort. Un beau rêve en tout cas, car je me met­tais à mar­cher sur un chan­tier silen­cieux, froid, blanc, les branches des arbres trans­lu­cides tel du verglas. 

J’ai, pen­dant long­temps, lu de la science-fic­tion, peut-être pas celle qui ali­mente les salles de ciné­ma, plu­tôt des exer­cices phi­lo­so­phiques extra­po­lés. Je serai tou­jours ain­si, sem­per ipse ero, comme le dit ma devise. Être constam­ment à la recherche de sens, comme un aveugle sa cane tapo­tant devant lui, le sou­rire aux lèvres et l’âme per­chée à la cime de l’existence.

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